Par Altesse Mulamba | Le Bloc-Notes News | 13 octobre 2026

Joseph Kabila, qui a dirigé la République démocratique du Congo pendant dix-huit ans, a pris la tête d’une nouvelle coalition rebelle qui entend renverser le gouvernement de Félix Tshisekedi, y compris par la force. Le Front pour la refondation de la nation (FRN) a été présenté lundi 12 octobre à Goma, ville contrôlée par l’AFC/M23 depuis janvier 2025. L’annonce a été faite à la résidence de l’ancien président, en présence de responsables de la rébellion. Corneille Nangaa, Bertrand Bisimwa et Sultani Makenga figurent dans la direction de la nouvelle coalition.

Joseph Kabila, ancien président de la République démocratique du Congo (2001-2019), désigné à la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN), nouvelle coalition rebelle annoncée le 12 octobre 2026 à Goma.
Crédit photo : BBC News

Trois jours plus tôt, Joseph Kabila avait prononcé un discours accusant son successeur d’avoir plongé le pays dans une crise politique, économique et sécuritaire. Il avait annoncé de nouvelles initiatives pour répondre à cette situation.

L’ancien président, qui niait auparavant entretenir des liens avec le M23, se retrouve désormais à la tête d’une organisation qui intègre ses principaux dirigeants. Une évolution d’autant plus significative que les experts des Nations unies avaient déjà décrit son rapprochement avec la rébellion et les préparatifs de sa restructuration.

Kabila, Nangaa et Makenga réunis

Le FRN remplace l’Alliance Fleuve Congo (AFC), selon l’annonce faite à Goma. Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa y occupent des fonctions de vice-présidents. Sultani Makenga, chef militaire du M23, conserve une place centrale dans le nouvel organigramme, notamment à la tête de l’état-major de l’Armée révolutionnaire congolaise.

Des responsables de la nouvelle coalition politico-militaire Front pour la refondation de la nation (FRN), lors de sa présentation à Goma, le 12 octobre 2026. Parmi eux figurent des dirigeants de l’AFC/M23.

L’AFC disparaît donc en tant que structure politique annoncée, mais ses dirigeants demeurent. Rien, dans la présentation du FRN, ne permet de conclure au démantèlement militaire du M23.

La nouvelle coalition ne naît pas à la suite d’un accord de désarmement ou d’une démobilisation des combattants. Elle prend forme sur des territoires occupés par la rébellion, autour de responsables qui ont participé à son expansion militaire.

Goma et Bukavu sont tombées sous le contrôle de l’AFC/M23 en 2025, au terme d’offensives qui ont provoqué de nouveaux déplacements de population et aggravé une crise humanitaire déjà ancienne.

Le FRN annonce vouloir combattre ce qu’il qualifie de « tyrannie » et se réserve le recours à la force pour atteindre ses objectifs.

Joseph Kabila devient ainsi le dirigeant politique d’une coalition qui ne se limite plus à contester l’autorité de Kinshasa dans l’Est, mais affiche l’ambition de renverser le pouvoir central.

Il ne s’agit plus seulement de critiquer la gouvernance de Félix Tshisekedi, de réclamer des réformes ou de dénoncer des arrestations politiques. Kabila prend la direction d’une coalition dont les moyens d’action comprennent explicitement la lutte armée.

Or, les griefs formulés contre un gouvernement, aussi sérieux soient-ils, ne dispensent pas ceux qui prennent les armes de répondre des conséquences de leur choix sur les populations civiles.

Une alliance préparée avant le discours du 9 octobre

Les préparatifs de cette réorganisation étaient connus depuis plusieurs mois.

Dans son rapport final de juin 2026, le Groupe d’experts des Nations unies faisait état d’un projet de restructuration de l’AFC/M23, accompagné d’un changement de nom et de l’attribution possible d’un rôle de premier plan à Joseph Kabila.

Les experts rapportaient également que l’ancien président s’était rendu à plusieurs reprises dans les territoires contrôlés par la rébellion depuis mai 2025, où il avait rencontré ses principaux responsables.

Le rapport relevait des divergences internes sur la stratégie à suivre. Joseph Kabila et Corneille Nangaa étaient notamment associés à une ambition de conquête du pouvoir à Kinshasa, alors que d’autres dirigeants du M23 se montraient plus réservés sur une extension des opérations militaires au-delà du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

L’annonce du FRN intervient donc à l’issue d’un processus dont plusieurs aspects avaient déjà été relevés par les enquêteurs de l’ONU.

Le discours du 9 octobre apparaît, dans cette chronologie, moins comme le point de départ de la nouvelle coalition que comme une étape précédant son officialisation.

Le soutien rwandais toujours documenté

L’entrée officielle de Joseph Kabila dans la direction de la rébellion pourrait modifier la manière dont le conflit est présenté.

La confrontation oppose désormais, sur le plan politique, un ancien président à son successeur, avec la participation de responsables armés congolais.

Cette dimension intérieure existe. Mais elle ne peut, à elle seule, résumer la guerre.

Dans leurs rapports successifs, les experts des Nations unies ont documenté la participation des Forces de défense rwandaises aux opérations de l’AFC/M23, ainsi que les liens de commandement et de coordination entre les forces rwandaises et les dirigeants rebelles.

Le rapport de juin 2026 détaille notamment le rôle de responsables militaires rwandais dans les échanges avec la direction de l’AFC/M23. Il évoque James Kabarebe, conseiller de Paul Kagame pour les questions de défense et de sécurité, dans les relations entretenues avec la rébellion et Joseph Kabila.

Le Rwanda conteste soutenir militairement le M23.

La présence de Joseph Kabila à la tête du FRN ne rend pas ces constatations obsolètes. Elle ajoute un acteur politique majeur à une guerre dans laquelle les responsabilités congolaises et les interventions extérieures sont déjà étroitement liées.

Le précédent historique est connu. Les conflits qui ont secoué la RDC depuis les années 1990 ont souvent impliqué des mouvements rebelles dirigés par des Congolais et soutenus par des puissances régionales.

La nationalité des dirigeants d’une rébellion ne suffit donc pas à établir le caractère exclusivement interne d’un conflit.

C’est là que la nouvelle configuration exige une vigilance particulière.

En plaçant Joseph Kabila au premier plan, le FRN pourrait recentrer l’attention sur la rivalité entre l’ancien président et Félix Tshisekedi. Les débats sur la succession politique, les élections ou les responsabilités du pouvoir actuel risqueraient alors de prendre le pas sur la question du soutien militaire rwandais.

Il serait toutefois prématuré d’en conclure que cette restructuration a été organisée dans le but de disculper Paul Kagame. Une telle intention n’est pas démontrée par les éléments rendus publics.

Mais une nouvelle direction politique ne saurait modifier rétroactivement les faits établis sur la conduite de cette guerre.

L’examen du rôle de Kigali doit se poursuivre indépendamment de la place désormais occupée par Joseph Kabila.

Joseph Kabila a désormais fait son choix. Il reste à expliquer aux Congolais pourquoi la refondation qu’il promet devrait passer par une nouvelle guerre, et qui en paierait le prix.








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