Par Altesse Mulamba | Le Bloc-Notes News | 30 septembre 2026
Donald Trump a publiquement rejeté le plan iranien proposant une réouverture du détroit d’Ormuz en sept jours. Washington a pourtant transmis une réponse à Téhéran par l’intermédiaire du Qatar. Le principal obstacle porte désormais sur une question décisive : qui doit faire le premier geste ?

Crédit : Illustration : Le Bloc-Notes News.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, a reçu une réponse américaine transmise par les médiateurs qataris au sujet du plan de sept jours proposé par Téhéran pour réduire les tensions et rouvrir le détroit d’Ormuz.
Selon un responsable non iranien informé des discussions et cité par Reuters, le principal point de blocage concerne désormais le séquençage des mesures envisagées. Le désaccord ne porte donc plus seulement sur ce que Washington et Téhéran pourraient concéder, mais sur l’ordre dans lequel ils accepteraient de le faire.
Pour l’Iran, rouvrir pleinement Ormuz avant d’obtenir des mesures américaines réduirait l’un de ses principaux moyens de pression. Pour Washington, alléger la pression économique avant d’obtenir des engagements iraniens vérifiables présenterait le risque inverse.
Le Qatar poursuit sa médiation
Samedi 26 septembre, Donald Trump avait publiquement écarté la proposition iranienne, affirmant que Téhéran cherchait un accord sous l’effet des pressions économiques et militaires exercées par les États-Unis.
Le Qatar a néanmoins poursuivi sa médiation. Les représentants qataris ont recueilli les observations américaines avant de les transmettre à Abbas Araqchi, qui devait examiner la réponse à Téhéran avec les dirigeants iraniens. Son contenu précis n’a pas été rendu public.
La poursuite de ces échanges établit toutefois un élément important : malgré le rejet annoncé par Donald Trump, Washington n’a pas quitté le processus diplomatique.
Les conditions posées par Téhéran
Présenté en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, le plan iranien prévoit sept jours de mesures destinées à créer les conditions d’une désescalade et à ramener les deux camps vers un cadre de négociation plus large.
La proposition reprend certains éléments du mémorandum conclu en juin, qui avait permis une réduction temporaire des hostilités et une reprise partielle du trafic maritime.
Parmi les demandes iraniennes figurent la levée du blocus naval américain visant ses ports, l’accès à certains avoirs gelés à l’étranger ainsi qu’un assouplissement des restrictions pesant sur ses exportations pétrolières. En contrepartie, l’Iran propose notamment le rétablissement de la navigation normale dans le détroit d’Ormuz et de nouvelles discussions sur son programme nucléaire.
Les divergences restent profondes sur ce dernier dossier. Des responsables iraniens ont exclu l’arrêt total de l’enrichissement de l’uranium ainsi que le transfert à l’étranger des stocks déjà enrichis. Le document en discussion prévoirait néanmoins des mesures concrètes concernant le programme nucléaire iranien, dont le contenu n’a pas été rendu public.
Donald Trump a parallèlement démenti les informations selon lesquelles son administration serait disposée à lever certaines sanctions ou à débloquer des avoirs iraniens selon les modalités rapportées ces derniers jours.
Le séquençage au cœur du désaccord
Téhéran veut obtenir des garanties économiques et sécuritaires avant de renoncer pleinement à la pression exercée sur le trafic maritime. Washington cherche, à l’inverse, des mesures iraniennes vérifiables avant tout assouplissement substantiel de sa propre pression.
Ce désaccord dépasse une simple question de calendrier. Le premier camp à agir risque de réduire son principal moyen de pression sans avoir la certitude que l’autre exécutera ensuite sa part de l’accord.
Le précédent de juin alimente cette méfiance. Le mémorandum conclu à l’époque avait permis une accalmie et une reprise partielle du trafic maritime, sans régler durablement les différends sur le nucléaire, les sanctions et le détroit.
Les médiateurs cherchent donc une formule dans laquelle les différentes mesures seraient simultanées, progressives ou suffisamment vérifiables pour limiter le risque qu’un camp bénéficie des concessions de l’autre sans respecter ses propres engagements.
La question n’est plus seulement de savoir ce que chacun est prêt à concéder. Elle est de déterminer dans quel ordre ces engagements pourraient être exécutés.
Ormuz, principal levier de Téhéran
Le détroit explique en grande partie cette bataille sur le calendrier.
Avant les perturbations provoquées par le conflit, environ 21 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers transitaient chaque jour par Ormuz, soit près de 20 % de la consommation mondiale de liquides pétroliers et environ un quart du pétrole échangé par voie maritime, selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie.
La perturbation du trafic a bouleversé une partie des flux énergétiques du Golfe et contribué à la hausse des coûts de transport et d’assurance. Mercredi, le Brent évoluait autour de 103 dollars le baril. Les exportations pétrolières du Golfe ont toutefois partiellement rebondi, notamment grâce à des itinéraires permettant de contourner Ormuz.
Pour Téhéran, le détroit conserve donc une valeur stratégique considérable. Une normalisation complète du trafic réduirait immédiatement une partie de la pression exercée sur les États-Unis et leurs partenaires.
Mais ce levier a également un coût pour l’Iran. Les perturbations prolongées affectent ses propres échanges et aggravent les difficultés d’une économie déjà soumise aux sanctions. Ormuz constitue ainsi un instrument de pression puissant, mais dont l’utilisation prolongée n’est pas sans conséquences pour Téhéran.
Les sanctions américaines se poursuivent
La poursuite des discussions n’a pas entraîné de détente générale. Washington continue d’utiliser les sanctions comme instrument de pression, tandis que Téhéran maintient ses lignes rouges sur plusieurs aspects de son programme nucléaire.
Les États-Unis ont notamment annoncé de nouvelles sanctions contre treize personnes et entités accusées par Washington de participer à l’approvisionnement des programmes d’armement iraniens.
Les déclarations publiques restent également offensives. Donald Trump présente la volonté iranienne de négocier comme la conséquence de la pression américaine. Téhéran affirme, de son côté, disposer encore des moyens nécessaires pour défendre ses positions dans la négociation.
Les échanges indirects se poursuivent donc sans que l’un ou l’autre camp ait renoncé aux instruments de pression dont il dispose.
Aucun calendrier pour la réouverture d’Ormuz
La réponse transmise par Washington ne signifie pas qu’un compromis soit proche. Aucun calendrier commun de réouverture complète du détroit n’a été annoncé, les divergences sur le nucléaire persistent et les conditions économiques demandées par Téhéran restent contestées par Washington.
Mais depuis le rejet public de Donald Trump, un élément est désormais établi : les États-Unis ont répondu à la proposition iranienne et le Qatar continue de faire circuler les positions entre les deux camps.
Le principal obstacle est désormais identifié. Washington et Téhéran doivent s’entendre non seulement sur les concessions elles-mêmes, mais aussi sur leur ordre, leur simultanéité et les mécanismes permettant d’en vérifier l’exécution.
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