Par Altesse Mulamba | Le Bloc-Notes News | 1er octobre 2026
En 2022, Karpowership avait obtenu un avis favorable pour installer une centrale flottante de 200 MW à Matadi et évoquait un déploiement sous 45 jours. Aucune mise en service n’a depuis été annoncée. La SNEL discute désormais d’une capacité de 130 à 135 MW, sans avoir précisé le prix de l’électricité, le combustible retenu ni les modalités contractuelles.

Kinshasa | La Société nationale d’électricité a relancé les discussions avec Karpowership autour de l’installation d’une centrale électrique flottante en République démocratique du Congo.
Le directeur général de la SNEL, Teddy Lwamba, a reçu mercredi 30 septembre à Kinshasa une délégation de cette entreprise turque spécialisée dans les navires-centrales.
Selon une dépêche de la SNEL reprise par plusieurs médias congolais, le projet porterait sur une capacité initiale comprise entre 130 et 135 mégawatts. La signature d’un contrat pourrait intervenir dans les prochaines semaines, tandis que les premières étapes opérationnelles sont envisagées au cours des prochains mois.
Cette annonce remet en lumière un dossier ouvert en 2022 et resté sans résultat public.
En 2022, la centrale devait arriver sous 45 jours
Le 14 octobre 2022, l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité avait rendu un avis favorable à une demande de concession introduite par Karpowership DRC SA.
Le projet prévoyait l’installation à Matadi d’une centrale thermique flottante de 200 MW. L’avis publié à l’époque situait les installations sur la rive droite du fleuve Congo, près de l’usine de production d’eau de la REGIDESO, en amont du pont Maréchal et en face du port de la Société commerciale des transports et des ports.
Lors de la remise de l’avis favorable, un représentant de Karpowership avait déclaré que le déploiement n’était plus qu’une « question de quelques jours ». L’entreprise affirmait pouvoir acheminer sa centrale flottante en 45 jours, voire moins. Elle précisait toutefois que le bouclage du projet restait à finaliser.
Aucune mise en service n’a ensuite été annoncée par la SNEL, Karpowership ou l’Autorité de régulation. Les raisons pour lesquelles le projet n’a pas abouti n’ont pas été rendues publiques.
La communication diffusée cette semaine ne mentionne pas cet antécédent. Elle ne précise pas non plus si les discussions concernent la reprise de la demande de concession examinée en 2022 ou un nouveau projet.
Une capacité réduite d’environ un tiers
La puissance envisagée est désormais comprise entre 130 et 135 MW, contre 200 MW en 2022. La réduction atteint entre 65 et 70 MW, soit environ un tiers de la capacité initialement annoncée.
Cette modification pourrait s’expliquer par le modèle de navire disponible, les besoins du réseau, les capacités de raccordement ou le coût du projet. Aucune explication n’a été communiquée par les parties.
La baisse de puissance soulève également une question réglementaire. Les éléments examinés en 2022 portaient sur une centrale de 200 MW. Une modification de la capacité, du combustible ou des conditions d’exploitation peut nécessiter l’actualisation des études techniques, financières et environnementales.
L’Autorité de régulation n’a pas indiqué si son avis de 2022 reste applicable à la configuration actuellement envisagée.
Le statut du contrat reste incertain
Les informations publiées depuis la rencontre du 30 septembre ne concordent pas sur le niveau d’avancement du projet.
Actu30, qui dit reprendre une dépêche de la SNEL, rapporte que les discussions sont toujours en cours et qu’une signature pourrait intervenir dans les prochaines semaines.
INSTANTnews affirme, en revanche, qu’un accord a déjà été conclu, que la centrale sera installée à Matadi et que le navire pourrait arriver en RDC dans un délai de trois semaines.
Aucun contrat ni communiqué conjoint de la SNEL et de Karpowership n’a été publié pour départager ces versions. Il n’est donc pas possible d’établir si les parties ont signé un contrat d’achat d’électricité, un accord préliminaire ou une feuille de route.
L’arrivée éventuelle d’un navire à Matadi ne correspondrait pas nécessairement au début de la production. La centrale devrait encore disposer des autorisations requises, être raccordée au réseau et achever les opérations techniques préalables à la fourniture commerciale d’électricité.
Le précédent de 2022 impose de distinguer le délai annoncé du calendrier effectivement exécuté.
La procédure de sélection n’a pas été précisée
La loi congolaise du 17 juin 2014 relative au secteur de l’électricité prévoit que les concessions et les licences sont, en principe, attribuées sur la base d’un appel d’offres conforme aux règles de passation des marchés publics.
Le décret n° 18/052 encadrant les concessions, licences et autorisations du secteur électrique permet exceptionnellement de recourir au gré à gré lorsqu’un projet ne peut être confié qu’à un opérateur déterminé pour des raisons techniques ou liées au développement de la production. Il prévoit également les conditions dans lesquelles une proposition spontanée peut être examinée.
Les informations disponibles ne permettent pas de savoir quelle procédure a été retenue pour Karpowership, si une mise en concurrence a été organisée ou si le projet relève d’une exception prévue par le décret.
Cette absence d’information ne permet pas de conclure à une irrégularité. Elle empêche toutefois d’établir sur quels critères techniques et financiers l’opérateur a été choisi et si d’autres solutions ont été comparées.
Le prix de l’électricité reste inconnu
La SNEL n’a pas rendu public le tarif auquel elle achèterait l’électricité produite. La durée envisagée du contrat, les volumes minimaux d’achat et les garanties de paiement ne sont pas davantage connus.
Le combustible destiné à alimenter la centrale n’a pas été précisé. Les documents publiés en 2022 décrivaient une installation thermique, mais la nouvelle communication n’indique pas si elle fonctionnerait au gaz, au fioul ou avec un autre produit.
Ce choix influencera le coût de production, les besoins d’importation et l’exposition du projet aux variations du taux de change. Il reste également à déterminer qui assurera l’approvisionnement et si l’État congolais devra garantir les obligations financières de la SNEL.
Ces données sont nécessaires pour apprécier l’intérêt économique du projet. Une capacité de 135 MW ne renseigne pas, à elle seule, sur le coût de l’énergie qui sera effectivement livrée aux abonnés.
L’expérience d’autres pays montre que les clauses financières peuvent peser autant que la technologie retenue. Au Ghana, le gouvernement a dû renégocier plusieurs contrats conclus avec des producteurs indépendants afin de réduire les paiements portant sur des capacités inutilisées.
Les documents publics consultés ne permettent pas d’attribuer directement ces charges à Karpowership. Le ministère ghanéen des Finances a, au contraire, indiqué que le déplacement de la centrale de l’entreprise vers une zone alimentée en gaz local avait contribué, avec d’autres renégociations, à réduire certains coûts.
Ce précédent souligne l’importance du tarif, du combustible, de la durée du contrat et de la répartition des risques financiers.
Les 135 MW doivent encore atteindre les abonnés
Si la centrale est installée à Matadi pour renforcer l’alimentation de Kinshasa, la SNEL devra préciser le point d’injection de l’électricité et la capacité disponible sur les infrastructures de transport.
Aucune étude rendue publique ne permet de connaître les travaux de raccordement nécessaires, leur coût, leur financement ou la quantité d’électricité qui pourrait effectivement atteindre le réseau de distribution.
Karpowership affirme disposer d’une flotte de 45 navires-centrales totalisant 8 500 MW de capacité installée dans plus de vingt pays. Au Ghana, l’entreprise dit fournir 450 MW, soit environ 23 % de la demande nationale.
Cette capacité industrielle ne répond pas aux questions propres au projet congolais. Son intérêt dépendra du prix négocié, du combustible choisi, des garanties financières et de la capacité du réseau à transporter l’énergie produite.
Quatre ans après l’avis favorable accordé pour 200 MW, la reprise des discussions constitue un nouveau développement. Elle ne confirme pas encore l’arrivée de 135 MW sur le réseau.
La SNEL, Karpowership et l’Autorité de régulation doivent désormais préciser le statut du projet, expliquer pourquoi le premier calendrier n’a pas abouti et publier les conditions permettant d’en mesurer le coût réel pour l’entreprise publique et ses abonnés.
Par la rédaction du Bloc-Notes News | 8 septembre 2026
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