BLOC-POLITIQUE | 22 octobre 2026 | Par Altesse Mulamba
La députée nationale Hermione Bolumbe Bakando met en cause la gestion de financements destinés à l’entrepreneuriat agricole des jeunes. Elle évoque un détournement présumé de 57 millions de dollars et annonce une motion de défiance contre le ministre de l’Agriculture, Muhindo Nzangi. À ce stade, ni le détournement allégué ni le dépôt effectif de la motion ne sont établis par les éléments consultés.

La gestion des fonds destinés à l’entrepreneuriat agricole des jeunes s’est invitée au centre du contrôle parlementaire. Mercredi 21 octobre, à l’Assemblée nationale, la députée Hermione Bolumbe Bakando a annoncé son intention de déposer une motion de défiance contre le ministre d’État chargé de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi, après avoir jugé insuffisantes les réponses apportées à sa question orale avec débat.
L’élue affirme avoir recueilli les signatures de plusieurs collègues et prévoit de déposer son initiative jeudi 22 octobre. Aucun élément consulté ne permet encore d’en confirmer l’enregistrement auprès du bureau de l’Assemblée nationale.
Des financements agricoles soumis au contrôle parlementaire
Au centre de cette interpellation figure le Projet d’entrepreneuriat des jeunes dans l’agriculture et l’agro-business (PEJAB), soutenu par la Banque africaine de développement (BAD).
Approuvé le 9 décembre 2016, le programme vise à favoriser la création d’entreprises dans les filières agricoles et agro-pastorales. Il a donc été engagé plusieurs années avant la controverse actuelle, une chronologie essentielle pour distinguer les différentes périodes de gestion et les responsabilités éventuelles.
Hermione Bolumbe demande notamment combien de jeunes ont bénéficié des formations, combien ont obtenu un financement et combien d’entreprises ont effectivement été créées. Elle interroge également la contribution financière de l’État congolais et les résultats du programme dans les provinces concernées.
Ces questions dépassent le seul suivi comptable. Elles portent sur la destination des fonds, mais aussi sur les résultats économiques obtenus auprès des bénéficiaires.
Les accusations portant sur 57 millions de dollars
À l’issue du débat parlementaire, la députée a évoqué un détournement présumé de 57 millions de dollars. Elle affirme qu’une note du directeur de cabinet du chef de l’État aurait précédemment alerté le ministre sur des irrégularités.
Cette note n’a pas pu être examinée. Les publications rapportant ces accusations s’appuient principalement sur les déclarations de la parlementaire et ne présentent pas de constat d’audit établissant le détournement allégué.
Une autre donnée appelle des éclaircissements. Selon les chiffres invoqués par Hermione Bolumbe, les décaissements du programme auraient atteint 29,6 millions de dollars en juin 2025, avant de s’élever à 57 millions.
Or, la fiche officielle de la BAD présente le coût initial du PEJAB en unités de compte, une unité financière distincte du dollar américain. La comparaison des montants exige donc de vérifier les devises, les périodes considérées et la nature exacte des sommes annoncées.
Sans rapprochement avec les états financiers du projet, il serait prématuré de traiter les 57 millions de dollars comme une somme intégralement décaissée, et davantage encore comme un montant dont le détournement serait démontré.
Une réponse ministérielle encore à examiner
Muhindo Nzangi a répondu à la question orale devant les députés. Les comptes rendus disponibles rapportent toutefois plus largement les critiques d’Hermione Bolumbe que les explications présentées par le ministre.
L’élue affirme que ses préoccupations sont restées sans réponse satisfaisante. Cette appréciation relève de sa position dans le débat parlementaire. Faute de disposer de l’intervention intégrale du ministre, il n’est pas possible d’évaluer précisément les justifications qu’il a fournies.
La BAD répertorie par ailleurs un rapport d’achèvement du PEJAB daté du 26 juin 2026, ainsi que plusieurs documents de suivi du programme. Ces pièces constituent une base documentaire importante pour confronter les montants contestés aux réalisations déclarées et aux dépenses enregistrées. Leur seule existence ne permet cependant de conclure ni à une gestion régulière ni à un détournement.
Une motion annoncée, des responsabilités à établir
La démarche d’Hermione Bolumbe pourrait désormais faire passer le dossier d’une question orale à une procédure mettant en cause la responsabilité politique du ministre.
Mais l’annonce d’une motion de défiance ne vaut pas dépôt, et son éventuel examen ne préjuge pas de son adoption. De même, la responsabilité politique d’un membre du gouvernement ne se confond pas avec l’établissement d’une infraction pénale.
Pour apprécier les accusations, plusieurs éléments restent déterminants : les montants réellement décaissés, les dépenses justifiées, les bénéficiaires identifiés, les résultats du programme et la répartition des responsabilités entre les gestionnaires successifs.
L’enjeu ne se limite donc pas à l’avenir politique de Muhindo Nzangi. Il concerne aussi la capacité des institutions à rendre compte de l’utilisation de financements publics et internationaux destinés aux jeunes entrepreneurs agricoles.
Le débat parlementaire a ouvert la controverse. Les documents financiers, la réponse complète du ministre et les suites effectivement données à la motion devront désormais permettre d’en établir les faits.
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