BLOC-POLITIQUE | 22 octobre 2026 | Par Altesse Mulamba
Le président de la Commission de l’Union africaine apporte son soutien à un dialogue politique national inclusif en République démocratique du Congo, tout en réaffirmant son opposition à la prise du pouvoir par la force. Cette position conforte diplomatiquement l’initiative du président Félix Tshisekedi, sans préciser les conditions dans lesquelles les différentes parties pourraient se retrouver autour d’une même table.

Dans un communiqué daté du 19 octobre et publié le lendemain, Mahmoud Ali Youssouf salue les efforts du chef de l’État congolais en faveur d’un dialogue associant les acteurs politiques et sociaux concernés, dans le respect des institutions. L’organisation continentale appelle à l’apaisement, alors que les tensions politiques internes se superposent à la crise sécuritaire persistante dans l’est du pays.
Un soutien à Tshisekedi, sans accord sur les conditions du dialogue
En saluant explicitement les efforts de Félix Tshisekedi, le président de la Commission de l’Union africaine reconnaît le rôle du pouvoir congolais dans la recherche d’une issue politique à la crise.
Cette reconnaissance ne signifie pas que les conditions d’un dialogue inclusif sont déjà réunies. Le communiqué n’indique pas comment les participants seraient désignés, qui déterminerait l’ordre du jour ou quelles garanties permettraient aux différentes sensibilités politiques de prendre part aux discussions.
Pour les parties concernées, la crédibilité du processus dépendra moins de l’annonce de discussions que des règles qui les encadreront. La représentation des acteurs, la liberté de débattre des sujets contestés et les garanties entourant les engagements éventuels demeurent des questions ouvertes.
La prise du pouvoir par la force clairement rejetée
L’autre message du communiqué concerne la défense de l’ordre constitutionnel.
Mahmoud Ali Youssouf rappelle les principes inscrits dans l’Acte constitutif de l’Union africaine, la Déclaration de Lomé de 2000 et la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance. Ces instruments condamnent les changements anticonstitutionnels de gouvernement, notamment les prises de pouvoir par la force.
Cette déclaration intervient dans un contexte politique marqué par l’annonce du Front pour la refondation de la nation, associé à l’ancien président Joseph Kabila. Le communiqué ne cite toutefois ni ce mouvement ni Joseph Kabila.
Il serait donc excessif d’y voir une condamnation nominative. L’Union africaine rappelle un principe général et appelle l’ensemble des acteurs à privilégier les voies pacifiques.
Cette position trace une limite aux moyens employés dans la confrontation politique. Elle ne répond pas, en revanche, aux désaccords sur la composition d’un éventuel dialogue national.
Doha, Washington et la médiation africaine : priorité aux engagements existants
Sur le volet sécuritaire, le président de la Commission réaffirme son soutien aux processus de Doha et de Washington, ainsi qu’à la médiation conduite par le président togolais Faure Gnassingbé, avec l’appui du panel de facilitateurs africains.
Le communiqué insiste sur la mise en œuvre des engagements, le respect du cessez-le-feu et la protection des populations civiles. Il n’annonce pas de nouveau mécanisme de médiation.
Cette orientation s’inscrit dans la continuité des démarches engagées au début du mois. Le 5 octobre, une délégation du panel avait tenu des consultations à Goma avec des représentants de l’AFC/M23 et plusieurs organisations internationales. Le lendemain, les facilitateurs poursuivaient leurs échanges à Kigali avec les autorités rwandaises, notamment sur les engagements sécuritaires et les questions humanitaires.
Ces consultations montrent que l’architecture diplomatique demeure active. Elles ne permettent pas, à elles seules, de conclure à une avancée décisive dans l’application des accords.
Il importe également de distinguer deux démarches que le communiqué rapproche sans les confondre : le dialogue politique national, qui concerne les acteurs congolais, et les processus de médiation consacrés au conflit régional. Leur articulation reste à préciser.
De l’appui diplomatique aux garanties concrètes
L’Union africaine confirme ainsi une ligne politique : soutenir le dialogue, préserver les institutions et privilégier l’application des engagements de paix déjà négociés.
Mais la portée de cette déclaration se mesurera à ses prolongements. Sur le plan politique, il faudra déterminer si les acteurs concernés acceptent de participer aux discussions et selon quelles conditions. Sur le plan sécuritaire, les progrès devront être appréciés à travers le respect effectif du cessez-le-feu, l’accès des mécanismes de vérification et la protection des civils.
Le soutien de l’Union africaine renforce la légitimité diplomatique de la recherche d’un compromis. Il ne résout pas la difficulté centrale : définir un cadre de dialogue auquel les parties accepteront de participer et dont elles seront disposées à respecter les résultats.
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