Bloc-Santé | 16 octobre 2026 | Par Altesse Mulamba
Les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) demandent des explications sur plus de 700 millions de dollars destinés à la riposte contre Ebola en République démocratique du Congo. Selon leur directeur général, Jean Kaseya, les bailleurs internationaux ont déclaré avoir décaissé 962 millions de dollars, mais seule une fraction de cette enveloppe a pu être retracée lors d’un premier exercice de vérification. Les fonds ont été versés directement à des organisations partenaires, et non au gouvernement congolais.

Le 14 octobre, lors d’une conférence de presse à Kinshasa, Jean Kaseya a mis en cause le manque de transparence dans la gestion des financements internationaux consacrés à la lutte contre Ebola.
Selon les chiffres présentés par le directeur général d’Africa CDC, les donateurs ont déclaré avoir versé 962 millions de dollars à des organisations internationales et non gouvernementales chargées de mener les opérations de riposte. Pourtant, une réunion de rapprochement financier organisée avec l’Institut national de santé publique (INSP) n’a permis de documenter qu’un peu plus de 200 millions de dollars auprès des partenaires présents.
Moins de 30 % des organisations concernées auraient participé à cet exercice. Parmi les sommes déclarées, environ 100 millions de dollars n’auraient pas encore été utilisés et seraient toujours détenus par certains partenaires.
Le 15 octobre, Africa CDC a publié un communiqué pour clarifier la portée des déclarations de son directeur général. L’agence a notamment souligné que les 962 millions de dollars n’avaient pas transité par le gouvernement de la RDC, mais avaient été versés directement aux organismes de mise en œuvre.
Les montants non identifiés lors du rapprochement ne constituent pas, à eux seuls, la preuve d’un détournement. Ils révèlent d’abord l’absence d’une comptabilité consolidée permettant de suivre les ressources depuis leur décaissement jusqu’à leur utilisation.
La responsabilité des partenaires de mise en œuvre
Le financement international des interventions sanitaires repose généralement sur plusieurs acteurs. Les bailleurs mobilisent les ressources, les organisations bénéficiaires administrent ou exécutent les programmes, tandis que les autorités nationales assurent la coordination de la réponse sanitaire.
Ce dispositif peut permettre une mobilisation rapide de moyens techniques et financiers. Il crée cependant des difficultés lorsque les différents intervenants ne communiquent pas leurs données selon des procédures communes.
Dans le cas des financements Ebola, Africa CDC cherche à reconstituer la chaîne des décaissements et des dépenses. Pour établir une situation complète, il faudra notamment identifier les organismes ayant reçu les fonds, les montants attribués à chacun, les activités financées et les sommes encore disponibles.
L’absence de ces informations ne permet pas encore de déterminer quelle part des ressources a effectivement été dépensée, engagée ou conservée par les organisations concernées.
Elle soulève néanmoins une question de gouvernance : comment les autorités chargées de conduire la riposte peuvent-elles répartir les moyens et identifier les besoins non couverts lorsqu’elles ne disposent pas d’une vision complète des financements ?
Cette difficulté avait déjà été reconnue avant les déclarations du 14 octobre. Dans un communiqué du 4 octobre, Africa CDC avait soutenu la volonté du gouvernement congolais de renforcer la transparence financière et la responsabilité des partenaires intervenant dans la riposte.
Des milliards annoncés, des dépenses à distinguer
Le 23 septembre, une réunion ministérielle du G20+ organisée à New York avait permis d’annoncer près de 3 milliards de dollars d’engagements destinés à la lutte contre Ebola. Africa CDC avait alors appelé à transformer ces annonces en financements effectivement mobilisés, puis en résultats sanitaires mesurables.
Ce montant ne doit pas être confondu avec les 962 millions de dollars évoqués en octobre. Un engagement financier n’équivaut pas nécessairement à un décaissement, et un décaissement ne constitue pas une dépense effectivement réalisée.
L’enjeu est donc de disposer d’un mécanisme capable de distinguer, pour chaque contribution, les fonds promis, les sommes transférées, les dépenses engagées et les activités achevées.
Africa CDC avait annoncé en septembre son intention de renforcer le suivi financier, en coopération avec le gouvernement congolais, l’Organisation mondiale de la santé et les autres partenaires de la riposte.
Une épidémie qui continue de progresser
Selon Associated Press, la RDC avait dépassé les 9 000 cas confirmés d’Ebola et les 4 300 décès au 13 octobre. L’épidémie, provoquée par le virus Bundibugyo, affectait alors plusieurs provinces et compliquait le fonctionnement de structures de santé déjà fragilisées.
Le 15 octobre, Reuters a également rapporté l’apparition de cas dans le Nord-Ubangi, province frontalière de la République centrafricaine, sur la base d’informations recueillies auprès de responsables sanitaires.
Les difficultés dépassent la prise en charge des malades d’Ebola. Dans l’est du pays, la peur de la contamination et les perturbations des services de santé réduisent aussi le recours aux consultations prénatales, aux accouchements en établissement et à la vaccination des enfants.
Aucun élément vérifié ne permet toutefois d’établir que l’écart financier signalé par Africa CDC est directement responsable de ces défaillances. Démontrer une telle relation nécessiterait de rapprocher les dépenses des besoins opérationnels, des calendriers d’approvisionnement et des résultats constatés sur le terrain.
Les comptes restent à établir
La déclaration de Jean Kaseya ouvre une phase de vérification, mais ne constitue pas les conclusions d’un audit financier indépendant.
La liste exhaustive des organisations bénéficiaires, leurs montants respectifs et les pièces justificatives correspondant aux dépenses n’ont pas encore été rendus publics dans les documents examinés pour cet article.
Il reste également à établir pourquoi une majorité de partenaires n’a pas participé au premier exercice de rapprochement et à quel moment les informations manquantes pourront être consolidées.
Les organisations concernées devront pouvoir présenter leurs données et répondre aux interrogations soulevées avant que des responsabilités particulières puissent leur être attribuées.
Le principal enjeu n’est donc pas seulement de retrouver la trace de plus de 700 millions de dollars. Il est de déterminer si le dispositif international de financement permet aux autorités sanitaires congolaises de savoir, avec précision, qui reçoit les ressources, comment elles sont utilisées et quels résultats elles produisent.
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