Par Altesse Mulamba | Le Bloc-Notes News | 9 octobre 2026
Joseph Kabila a repris la parole vendredi pour dresser un réquisitoire contre le pouvoir de Kinshasa : guerre dans l’Est, gouvernance, libertés publiques, Constitution et relations avec Washington. L’ancien président défend l’État qu’il affirme avoir laissé en janvier 2019 et appelle les Congolais à « se prendre en charge ».

Son intervention prolonge celle du 23 mai 2025, lorsqu’il avait présenté une « thérapie de choc en 12 points ». Il affirme que ses propositions ont été « superbement ignorées » et que la situation « n’a cessé d’empirer ». Ce constat lui sert désormais à justifier un appel à l’action.
Kabila oppose son bilan au Congo d’aujourd’hui
Kabila dit avoir hérité, en 2001, d’un pays en « déliquescence totale » et transmis, en janvier 2019, une RDC « réunifiée, largement pacifiée ». Depuis, affirme-t-il, « la cohésion nationale a volé en éclats » et le pays « n’est plus une république, encore moins démocratique ».
Sans nommer Félix Tshisekedi, selon, il vise directement son successeur, qu’il compare à « Ivan le Terrible ». En prenant son départ comme point de référence, il présente la crise actuelle comme le résultat d’une rupture avec sa propre gestion.
Cette rétrospective laisse cependant à l’arrière-plan les crises de sa présidence. Le M23 avait déjà pris Goma en novembre 2012. En septembre 2016, les forces de sécurité avaient fait un usage excessif, y compris meurtrier, de la force lors des manifestations à Kinshasa, selon les Nations unies. Son bilan ne peut donc être apprécié uniquement à travers la comparaison avec le pouvoir actuel.
Sur la guerre, l’accusation se concentre sur Kinshasa
Kabila accuse les autorités de poursuivre un conflit qu’elles n’auraient « ni la volonté ni les moyens de gagner ». Il évoque leur collaboration avec les Wazalendo et les FDLR, des bombardements de civils et le non-respect des engagements pris à Doha.
Sur le terrain diplomatique, il leur reproche d’avoir écarté les initiatives de l’EAC, de la SADC, de la CEEAC, de l’Union africaine ainsi que celle des Églises catholique et protestante. Il présente ainsi la poursuite de la guerre comme la conséquence de choix militaires et du refus de solutions négociées.
Certaines critiques recoupent des constats internationaux. La résolution 2773 du Conseil de sécurité condamne le soutien des forces militaires congolaises à certains groupes armés, particulièrement aux FDLR, et demande qu’il cesse.
Mais cette résolution condamne aussi l’offensive du M23 soutenue par les forces rwandaises. Elle exige le retrait du mouvement des territoires occupés et demande aux forces rwandaises de cesser leur soutien au M23 et de quitter la RDC sans conditions.
Kabila nomme les Wazalendo et les FDLR sans mettre directement en cause l’AFC/M23 et le Rwanda de manière comparable. L’asymétrie porte donc sur la répartition des responsabilités : il détaille celles de Kinshasa, sans examiner avec la même précision celles des forces qui le combattent et de leurs soutiens.
Les accusations qui visent Kabila
L’ancien président intervient dans un contexte judiciaire qui le concerne directement. Le 30 septembre 2025, la Haute Cour militaire l’a condamné à mort par contumace, notamment pour trahison, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, dans une affaire liée à son soutien présumé au M23. Il était absent et non représenté au procès. Kabila a rejeté les accusations et dénoncé une procédure politiquement motivée.
Les États-Unis l’ont ensuite sanctionné le 30 avril 2026, lui reprochant un soutien financier et politique au M23 et à l’Alliance Fleuve Congo. Cette décision américaine est distincte de la condamnation congolaise.
Le compte rendu de son allocution ne mentionne aucune réponse à ces griefs. Ils ne suffisent pas à invalider ses critiques contre Kinshasa, mais ils empêchent de considérer son intervention comme celle d’un observateur extérieur à la crise.
Constitution, libertés publiques et pouvoir
Kabila étend son attaque au fonctionnement institutionnel, notamment au processus entourant la loi référendaire.
Adopté par les deux chambres, le texte a été déclaré conforme à la Constitution sous réserves, puis renvoyé au Parlement pour une nouvelle délibération. Le 21 septembre, l’Assemblée nationale l’a transmis à sa commission politique, administrative et juridique pour intégrer ces réserves.
Il ne modifie pas en lui-même la Constitution. Patrick Muyaya avait précisé en juillet que la décision de la Cour ne signifiait pas qu’un référendum était organisé ou lancé. Le désaccord politique porte donc notamment sur l’usage futur de ce cadre, et non sur une modification constitutionnelle déjà accomplie.
Kabila dénonce également l’emprisonnement d’opposants, d’activistes et de journalistes, la corruption et des assassinats impunis. Il relie ces accusations à la question constitutionnelle pour présenter les différents dossiers comme les manifestations d’une même concentration du pouvoir.
Washington et la continuité de l’État
Kabila affirme que les accords autour des minerais critiques ne garantissent pas la pérennité du pouvoir actuel. Il invoque la continuité de l’État : les engagements internationaux de la RDC dépassent les gouvernements qui les signent.
L’argument peut se lire comme un message adressé à Washington, dont il cherche à dissocier les intérêts en RDC du maintien de Félix Tshisekedi au pouvoir. Cette lecture prend un relief particulier depuis que les autorités américaines ont elles-mêmes sanctionné l’ancien président pour le soutien qu’elles lui attribuent au M23 et à l’AFC.
De l’alerte à l’appel à agir
Kabila dispose déjà d’un cadre politique avec Sauvons la RDC. En septembre, son mouvement avait rejeté les modalités du dialogue national et appelé à une « dynamique révolutionnaire et non réformiste », en invoquant l’article 64 de la Constitution.
L’ancien président annonce désormais qu’il exposera prochainement les actions à entreprendre collectivement. Il ne précise toutefois ni la place de cette plateforme dans la prochaine initiative, ni les partenaires envisagés, ni les moyens de mobilisation.
Après avoir demandé aux Congolais d’agir, Joseph Kabila devra désormais préciser ce qu’il leur demande de faire, avec qui et dans quel cadre.
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Par Altesse Mulamba | Le Bloc-Notes News | 9 octobre 2026
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