Par Altesse Mulamba | Le Bloc-Notes News | 8 octobre 2026

Trois facilitateurs de l’Union africaine ont rencontré l’AFC/M23 à Goma le 5 octobre, avant de poursuivre leurs consultations à Kigali. Leur mission intervient alors que les négociations de paix disposent déjà d’accords et de mécanismes de suivi, mais que Kinshasa et Kigali restent en désaccord sur l’exécution des engagements sécuritaires.

Des membres du panel des facilitateurs de l’Union africaine lors de leur mission à Goma, le 5 octobre 2026.

À Goma, la délégation réunissait Sahle-Work Zewde, ancienne présidente de l’Éthiopie, Uhuru Kenyatta, ancien président du Kenya, et Mokgweetsi Masisi, ancien président du Botswana. Selon le communiqué officiel de l’Union africaine, elle était conduite par Sahle-Work Zewde, vice-présidente du panel. Les facilitateurs ont consulté l’AFC/M23, la MONUSCO, les acteurs humanitaires et le Mécanisme conjoint élargi de vérification Plus.

Corneille Nangaa, coordonnateur politique de l’AFC/M23, les a reçus avec Bertrand Bisimwa et Freddy Kaniki dans les locaux de la coordination du mouvement, rapporte ACTUALITE.CD. La délégation a ensuite rencontré à Kigali le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe.

Dans sa déclaration du 7 octobre, le panel appelle au respect du cessez-le-feu, à la coopération avec les mécanismes de vérification et à la poursuite de bonne foi des négociations de Doha. Il ne fait état ni d’un nouvel accord ni d’une concession précise obtenue pendant les entretiens.

Doha dispose déjà d’un calendrier et d’un mécanisme de suivi

La mission africaine intervient dans un processus auquel l’Union africaine participe déjà. Du 17 au 21 août, des représentants du gouvernement congolais et de l’AFC/M23 s’étaient réunis en Suisse avec le Qatar, les États-Unis, le Togo, représentant la médiation africaine, la Commission de l’UA et la Suisse.

La déclaration conjointe publiée à l’issue de ces discussions mentionne une feuille de route pour les négociations et un mécanisme de suivi des engagements de Doha. Elle précise aussi que certains protocoles restent à négocier. Les parties doivent donc mener de front deux tâches : appliquer ce qu’elles ont accepté et s’entendre sur les dispositions encore en discussion.

Cette distinction compte pour apprécier le rôle des facilitateurs. Un désaccord sur le contenu d’un futur protocole appelle une négociation. Le refus d’exécuter une obligation déjà acceptée pose une autre question : comment obtenir son respect et en vérifier l’application ?

Les discussions d’août avaient précisément abordé la nécessité d’une méthode commune pour signaler les violations présumées du cessez-le-feu. Elles avaient également fait état de progrès dans l’organisation du mécanisme de vérification, avec un appui logistique de la MONUSCO.

Pour les facilitateurs africains, un apport concret pourrait donc consister à obtenir des parties qu’elles coopèrent avec ces équipes, acceptent les procédures convenues et répondent aux manquements constatés. Cela suppose de traduire les assurances données lors des entretiens en instructions effectivement suivies sur le terrain.

Kinshasa et Kigali contestent l’exécution des engagements

Les positions récemment défendues aux Nations unies donnent la mesure des difficultés.

Lors de la réunion du Conseil de sécurité du 29 septembre, le représentant permanent de la RDC, Zénon Mukongo Ngay, a insisté sur le retrait des forces rwandaises et sur la nécessité d’en vérifier l’exécution, selon un compte rendu publié par ACTUALITE.CD. Kinshasa demande au Conseil de veiller au respect des engagements pris.

Le représentant rwandais, Martin Ngoga, a pour sa part contesté la portée du protocole de désarmement, de démobilisation et de cantonnement des FDLR présenté par la RDC. Selon ACTUALITE.CD, Kigali estime que cette démarche ne répond pas à l’engagement de neutralisation du groupe prévu dans le processus de Washington.

Ces positions montrent que le désaccord concerne aussi la manière d’établir qu’une obligation a été remplie. Quels actes constituent un désarmement effectif ? Quels éléments permettent de constater un retrait militaire ? Qui les vérifie et quelles suites sont données aux conclusions ?

Ces différends ne font pas disparaître les exigences du Conseil de sécurité. Adoptée le 21 février 2025, la résolution 2773 exige du M23 la cessation des hostilités, le retrait des zones contrôlées et le démantèlement de ses administrations parallèles. Elle demande au Rwanda de cesser son soutien au mouvement et de retirer ses forces de RDC sans conditions préalables. Elle appelle également les forces congolaises à mettre fin à leur soutien aux groupes armés, notamment aux FDLR, et à mettre en œuvre les engagements de neutralisation de ce groupe.

La médiation doit travailler avec ces obligations tout en négociant les modalités de leur application. Une nouvelle consultation peut aider à préciser les objections des parties. Elle ne règle pas, à elle seule, leur refus éventuel d’agir.

Le poids politique d’une rencontre à Goma

Recevoir trois anciens chefs d’État donne à l’AFC/M23 une visibilité diplomatique. Le mouvement est toutefois déjà engagé dans des négociations directes avec le gouvernement congolais à Doha. La rencontre de Goma prolonge ce dialogue ; elle n’en constitue pas le point de départ.

L’entretien ne vaut pas davantage approbation de son contrôle territorial. Le panel a réaffirmé la souveraineté, l’unité et l’intégrité territoriale de la RDC. La résolution 2773 exige, pour sa part, le démantèlement des administrations parallèles.

Cette rencontre offre néanmoins aux facilitateurs un accès direct à la direction du mouvement. Son utilité dépendra notamment de leur capacité à obtenir des engagements précis de leurs interlocuteurs et à en assurer le suivi auprès des autres parties.

Le volet humanitaire permettrait d’en mesurer les premiers effets. Le panel a demandé un accès sûr et sans entrave à l’aide, ainsi que la protection des civils et des services essentiels. Il prévoit de transmettre les résultats de ses consultations au médiateur de l’UA et au gouvernement congolais.

L’accès des équipes humanitaires et des observateurs aux zones concernées, puis la réponse apportée aux violations documentées, fourniront des éléments plus probants que les déclarations d’intention. C’est à ces conditions que les consultations de Goma pourront contribuer à l’application des engagements de paix.





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