BLOC-GÉOPOLITIQUE | 29 octobre 2026 | Par Altesse Mulamba

Washington a sanctionné le ministère rwandais de la Défense et Zigama, qu’il accuse de contribuer au soutien militaire et financier au M23. Quelle contrainte ces mesures peuvent-elles exercer sur Paul Kagame, avec lequel les États-Unis poursuivent le processus diplomatique engagé pour mettre fin au conflit ?

Paul Kagame, Donald Trump et Félix Tshisekedi lors de la signature des accords de Washington, le 4 décembre 2025. Photo d’archives : Daniel Torok / Maison-Blanche

Les États-Unis ont sanctionné le ministère rwandais de la Défense et l’établissement financier Zigama pour leur contribution au soutien au M23. Leurs accusations mettent en cause des institutions de l’État, des déploiements militaires et des circuits de financement. Paul Kagame ne figure pas parmi les personnes ou entités désignées dans cette décision.

Le contraste mérite davantage qu’une explication générale sur les nécessités du dialogue. Si Washington considère que des institutions rwandaises organisent les activités qu’il dénonce, pourquoi la sanction ne touche-t-elle pas le dirigeant qui doit répondre politiquement de leur conduite ?

Une intervention attribuée à l’État

Le Trésor américain accuse le ministère de la Défense de diriger le déploiement de forces rwandaises au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, où elles combattent aux côtés du M23 et lui fournissent du matériel, un soutien logistique et des formations.

Zigama est accusée de faciliter des achats d’armement pour l’armée rwandaise, des transactions de plusieurs dizaines de millions de dollars pour le M23 et l’Alliance du fleuve Congo, ainsi que le transport vers Kigali d’or provenant de territoires contrôlés par la rébellion. Le communiqué ne publie pas les pièces bancaires permettant de vérifier chaque opération.

Ces accusations décrivent une organisation militaire et financière. Elles ne présentent pas les opérations comme des initiatives individuelles prises à l’insu des autorités. En désignant le ministère de la Défense, Washington situe lui-même la responsabilité au sein de l’État rwandais.

Dès lors, l’analyse ne peut s’arrêter aux organismes chargés d’exécuter ou de financer cette politique. Elle doit examiner l’autorité dont ils dépendent.

Kagame commande l’armée

Paul Kagame est président et commandant en chef des forces armées rwandaises. Il a également signé les accords de Washington le 4 décembre 2025, avec Félix Tshisekedi, en présence de Donald Trump. Sa responsabilité politique est donc engagée à la fois par ses fonctions militaires et par les engagements qu’il a personnellement souscrits.

Il ne suffit pas d’invoquer ces fonctions pour lui attribuer chaque opération ou établir sa culpabilité pénale. Mais elles suffisent à exiger qu’il réponde de la politique de son gouvernement. La distinction est importante. Elle empêche les accusations non étayées ; elle ne soustrait pas le président à l’examen de ses responsabilités.

Washington s’adresse à Kagame lorsqu’il attend du Rwanda qu’il applique les accords. Il reconnaît ainsi sa capacité à engager l’État et à obtenir l’exécution de ses décisions. Cette autorité doit également être prise en compte lorsque les institutions dirigées par ce même État sont mises en cause.

Le président ne saurait recueillir le bénéfice politique de sa signature tout en laissant aux seules institutions le coût de son inexécution.

Des restrictions sans sanction personnelle

Les mesures du 28 octobre imposent le gel des avoirs concernés relevant de la juridiction américaine et interdisent certaines transactions, sauf autorisation ou exemption. Le Trésor ne précise pas le montant des sommes effectivement immobilisées.

Ces restrictions peuvent compliquer des paiements et des achats. Leur existence ne répond toutefois pas à la question du choix des cibles. Restreindre les moyens d’un ministère et sanctionner personnellement un dirigeant sont deux décisions distinctes.

Les documents consultés ne disent pas pourquoi Kagame n’est pas visé. Ils ne permettent donc pas de conclure à une volonté américaine de le protéger. En revanche, ils laissent inexpliquée l’absence de sanction personnelle contre le chef d’un État dont Washington dénonce l’intervention militaire.

Cette question concerne directement la crédibilité du message américain. À qui les États-Unis demandent-ils de changer de politique, et qui supporte les conséquences du refus ?

Le dialogue n’efface pas la responsabilité

Les États-Unis poursuivent leurs discussions avec Kigali. Du 20 au 22 octobre, ils ont réuni des délégations militaires congolaise et rwandaise à Garmisch, en Allemagne, pour travailler à un projet d’ordre opérationnel concernant la neutralisation des FDLR par la RDC et le désengagement des forces rwandaises. Le compte rendu fait état d’un projet destiné à être approuvé, et non de mesures déjà exécutées.

La poursuite de ces échanges n’explique pas, à elle seule, pourquoi Kagame ne figure pas dans la décision du 28 octobre. Les documents américains ne présentent d’ailleurs pas la préservation du dialogue comme le motif de cette absence. Ce serait leur prêter une justification que de l’affirmer à leur place.

Même si cette raison était avancée, elle devrait être discutée. La capacité d’un dirigeant à faire appliquer un accord ne peut devenir un argument permanent pour éviter de le sanctionner. Plus son autorité est jugée nécessaire à la résolution du conflit, plus ses décisions doivent être examinées.

Le risque est de faire de sa participation aux discussions une contrepartie suffisante, alors que l’objectif demeure l’exécution des engagements. Accepter de négocier ne vaut pas retrait militaire.

Kigali renvoie aux obligations congolaises

En réaction aux sanctions, la porte-parole du gouvernement rwandais, Yolande Makolo, a affirmé que les engagements concernant la neutralisation des FDLR restaient inexécutés. Elle a déclaré Kigali prêt à appliquer les accords parallèlement au respect des obligations congolaises. Le Rwanda conteste son soutien à la rébellion. Kinshasa a salué les sanctions.

Les obligations congolaises doivent être vérifiées. Elles ne dispensent pas les autorités rwandaises de répondre aux accusations qui les concernent. Un manquement de Kinshasa, s’il est établi, ne fait pas disparaître la responsabilité de Kigali dans ses propres décisions.

Washington doit donc examiner séparément les engagements de chacun et identifier les responsables de leur inexécution. Sans cette attribution, les accusations réciproques peuvent prolonger les discussions sans qu’aucun dirigeant ait à répondre de ses choix.

Pourquoi s’arrêter aux institutions ?

Une sanction personnelle contre Kagame ne garantirait pas, à elle seule, un changement de politique. Mais son efficacité éventuelle et les raisons de ne pas la prononcer sont des questions qui méritent d’être posées publiquement. Elles ne devraient pas disparaître derrière la seule annonce de nouvelles restrictions institutionnelles.

Pour la RDC, le problème est aussi politique. La présentation du conflit devient incomplète lorsque les opérations sont attribuées à un ministère, leur financement à un établissement, et que le rôle du président demeure hors du champ des sanctions annoncées.

Washington a nommé les institutions qu’il accuse. Il doit désormais expliquer comment il apprécie la responsabilité de celui qui commande l’armée et dirige le gouvernement. Pourquoi Kagame est-il considéré comme le garant des engagements du Rwanda, sans être personnellement visé lorsque les États-Unis dénoncent la conduite de son appareil militaire ?





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