Bloc-Économie | Décryptage | 28 octobre 2026 | Par Altesse Mulamba
Le gouvernement remet en service le centre de négoce de Musompo pour encadrer la commercialisation des minerais artisanaux. Mais des creuseurs contestent les conditions de vente et l’éloignement du site. Trois ans après son inauguration, cette infrastructure doit encore convaincre ceux auxquels elle est destinée

Le ministère des Mines a annoncé la reprise des opérations au centre de négoce de Musompo, le 26 octobre, lors d’une visite de Louis Watum Kabamba à Kolwezi. Des difficultés techniques subsistent toutefois. Les 250 camions par jour évoqués par les autorités correspondent à une capacité nominale, et non à un volume de traitement déjà atteint.
Cette remise en service intervient dans une ville traversée par des manifestations de creuseurs artisanaux. Le jour même, plusieurs exploitants interrogés à Kolwezi affirmaient ne plus savoir où écouler leur production. Ils contestaient notamment l’obligation de passer par Musompo, qu’ils jugent trop éloigné, ainsi que les opérations d’expertise du Centre d’évaluation, d’expertise et de certification, le CEEC. Ces témoignages expriment une défiance envers le dispositif ; ils ne démontrent pas, à eux seuls, des irrégularités dans les analyses.
Un projet antérieur à son inauguration
Musompo devait apporter une réponse à la dispersion des circuits de vente des minerais artisanaux. Porté sous le gouverneur Richard Muyej, le projet prévoyait de regrouper les transactions dans un espace organisé, où les services publics pourraient contrôler les produits et leur commercialisation. En juillet 2020, le gouverneur annonçait déjà une inauguration pour le mois suivant.
Félix Tshisekedi a finalement inauguré le centre le 5 octobre 2023. Les autorités lui assignaient plusieurs fonctions : suivre les minerais depuis leur extraction, mieux évaluer leur teneur, encadrer les transactions et sécuriser les recettes fiscales. L’amélioration des revenus des exploitants figurait également parmi les objectifs annoncés.
L’infrastructure est pourtant restée plusieurs années sans fonctionner, selon les comptes rendus de sa relance. Les informations disponibles ne permettent pas de reconstituer précisément les responsabilités techniques, financières et administratives dans cette longue immobilisation. Le redémarrage d’octobre ne clôt donc pas la question de sa gestion depuis l’inauguration.
Comment le centre doit fonctionner
Musompo intervient dans la commercialisation des minerais. Ses équipements doivent permettre de peser les chargements, d’en prélever des échantillons et d’en analyser la composition. Le poids et la teneur en métaux constituent des éléments essentiels pour déterminer la valeur d’un lot.
Dès 2023, le dispositif présenté par les autorités associait ponts-bascules, zones d’échantillonnage, laboratoires et dépôts. La promesse était de réduire les pratiques défavorables aux producteurs, notamment les évaluations contestables et les intermédiaires abusifs.
L’intérêt économique dépend cependant des conditions concrètes de la transaction. Une pesée exacte ne garantit pas un prix satisfaisant. Le producteur doit aussi trouver un acheteur, comprendre les retenues appliquées et recevoir son paiement. Le coût du transport et le temps d’attente peuvent diminuer l’avantage attendu d’une meilleure évaluation.
L’Entreprise générale du cobalt a annoncé mobiliser son équipe opérationnelle au Lualaba pour contribuer à la mise en service du centre, selon un communiqué rapporté le 28 octobre. Cette mobilisation constitue un engagement supplémentaire, sans établir encore le volume des achats ou les revenus effectivement versés aux exploitants.
Des contrôles qui cristallisent les tensions
La contestation a précédé la visite du ministre. Le 19 octobre, des manifestations contre les contrôles dans les entités de traitement et les comptoirs d’achat ont perturbé plusieurs quartiers de Kolwezi. Des commerces et des écoles ont été affectés. Les creuseurs dénonçaient des opérations qui, selon eux, entravaient la vente de leurs minerais.
Les autorités provinciales contestent l’idée d’une fermeture générale des débouchés. La gouverneure Fifi Masuka a assuré qu’aucune entité de traitement n’était fermée et invité les exploitants à vendre par l’intermédiaire de coopératives reconnues, auprès des sociétés autorisées. Les services du ministère défendent des contrôles destinés à assainir le secteur.
Ces positions ne répondent pas exactement à la même question. Une entreprise peut demeurer ouverte sans que chaque exploitant puisse lui vendre sa production dans les conditions antérieures. Pour comprendre le blocage, il faut donc examiner les critères d’admission des minerais, les documents exigés et les possibilités de vente réellement accessibles.
La centralisation peut faciliter la surveillance des transactions. Elle peut aussi déplacer vers les producteurs une partie des coûts de la réforme. La contestation de l’éloignement de Musompo oblige ainsi à considérer le transport comme une composante du prix payé aux creuseurs, plutôt que comme une difficulté secondaire.
La question des sites reste entière
Les revendications concernent également l’accès effectif aux zones d’exploitation artisanale. Un centre de négoce organise la vente ; il ne règle pas, à lui seul, les conditions dans lesquelles les minerais sont extraits.
Lors de son déplacement, Louis Watum Kabamba a aussi rencontré une commission interservices chargée de coordonner la démilitarisation de sites occupés par des hommes en uniforme et de renforcer l’encadrement de l’activité artisanale. Cette mission montre que la réorganisation du commerce dépend aussi de décisions prises en amont, sur les lieux de production.
Des garanties à rendre vérifiables
Pour gagner la confiance des vendeurs, Musompo devra rendre compréhensibles ses méthodes d’évaluation et les conditions de paiement. La possibilité de contester une analyse, les frais facturés et les délais de traitement pèseront autant que la disponibilité des équipements.
Le ministère a demandé un suivi quotidien des installations, l’évacuation des camions en règle et un plan de gestion durable. Il reste à documenter les résultats commerciaux de cette reprise : combien de lots ont été vendus, à quels prix et dans quels délais les producteurs ont-ils été payés ?
Pour les creuseurs, l’utilité de Musompo se jugera sur ces transactions. Le contrôle public des minerais pourra difficilement obtenir leur adhésion s’il ne s’accompagne pas d’un accès prévisible au marché et de conditions de vente qu’ils peuvent vérifier.
Bloc-Économie | 28 octobre 2026 | Par Altesse Mulamba
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