BLOC-GÉOPOLITIQUE | 28 octobre 2026 | Par Altesse Mulamba

Des planificateurs militaires congolais et rwandais ont travaillé à Garmisch sur un projet destiné à encadrer la neutralisation des FDLR et le désengagement des forces rwandaises. Issu de la médiation angolaise de 2024, puis intégré à l’accord de Washington, ce dispositif doit préciser comment exécuter des engagements déjà pris. Son approbation définitive n’est pas annoncée.

Archives. Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre congolaise des Affaires étrangères, et son homologue rwandais, Olivier Nduhungirehe, signent l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda, avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio comme témoin, à Washington, le 27 juin 2025.
Crédit : Freddie Everett / Département d’État américain

Du 20 au 22 octobre, les États-Unis ont réuni les délégations des deux pays au Centre européen d’études de sécurité George C. Marshall, à Garmisch, en Allemagne. L’Union africaine, le Qatar et plusieurs services américains ont participé aux échanges, organisés dans le cadre du Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité, désigné par son sigle anglais JSCM.

Selon la communication publiée le 27 octobre par le Bureau des affaires africaines du département d’État, les participants ont travaillé à la finalisation d’un projet d’« ordre d’opérations » en vue de son approbation. Il s’agit d’organiser l’application du volet sécuritaire des accords de Washington. L’annonce ne confirme ni adoption définitive du document ni nouveau calendrier d’exécution.

À quoi sert un ordre d’opérations ?

Un accord politique fixe des engagements. Un ordre d’opérations doit permettre aux responsables militaires de les exécuter : il précise les missions, les responsabilités, les étapes et la coordination nécessaires.

Dans le cas présent, le projet concerne deux objectifs : la neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda, les FDLR, par la RDC ; le désengagement des forces rwandaises et la levée des mesures que Kigali qualifie de « défensives ».

Le texte détaillé discuté à Garmisch n’est pas accessible dans les sources consultées. Les unités concernées, les zones d’intervention et les délais retenus ne peuvent donc pas être précisés. La participation de militaires des deux pays à une conférence ne permet pas non plus de conclure qu’une opération conjointe sur le territoire congolais aurait été autorisée.

Un plan né sous médiation angolaise

L’origine du dispositif précède l’intervention américaine. Il prend forme dans le processus de Luanda, conduit par le président angolais João Lourenço, médiateur désigné par l’Union africaine pour faciliter les discussions entre Kinshasa et Kigali.

Le communiqué ministériel du 30 juillet 2024 en retrace les premières étapes. Le gouvernement congolais avait transmis à la médiation un plan de neutralisation des FDLR le 26 avril. Le Rwanda avait communiqué ses observations le 6 mai. L’Angola avait ensuite formulé une proposition à partir de ces contributions, afin de rapprocher les exigences sécuritaires des deux parties.

Les discussions se poursuivent durant l’été entre experts militaires et du renseignement. Un concept d’opérations, ou CONOPS, est élaboré le 31 octobre 2024. Il organise le plan harmonisé de neutralisation des FDLR et de désengagement des forces.

Le dispositif est approuvé le 25 novembre à Luanda par les ministres congolais et rwandais des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner et Olivier Nduhungirehe, sous la facilitation de leur homologue angolais Tete António. Il prévoit plusieurs étapes, de l’évaluation de la menace à la stabilisation, en passant par les actions contre les FDLR et l’examen des résultats.

Ce que Washington a repris

L’accord de paix signé le 27 juin 2025 à Washington incorpore expressément le CONOPS issu de Luanda, sous réserve des dispositions de l’accord et de ses annexes. La médiation américaine s’appuie donc sur un travail diplomatique et technique antérieur.

Les deux documents remplissent des fonctions complémentaires : le concept d’opérations expose l’organisation générale de l’action envisagée ; l’ordre d’opérations en précise l’exécution.

Lors de la réunion du JSCM des 17 et 18 septembre 2025, les parties élaborent un premier ordre d’opérations et conviennent de commencer sa mise en œuvre le 1er octobre suivant. En août 2026, elles décident de tenir une conférence de planification destinée à le réviser. Les travaux de Garmisch répondent à cette décision.

Cette chronologie ne permet pas d’affirmer que rien n’a été exécuté depuis 2025. Elle appelle toutefois un bilan : quelles dispositions ont été appliquées, quels obstacles ont été rencontrés et quelles corrections sont désormais proposées ? La communication américaine sur Garmisch ne le détaille pas.

Pourquoi la question des FDLR reste disputée

Les FDLR sont un groupe armé rwandais installé dans l’Est congolais, historiquement lié à des responsables du génocide de 1994 contre les Tutsi. Kigali considère leur présence comme une menace pour sa sécurité. Leur neutralisation figure parmi les engagements pris par Kinshasa.

Le terme « neutralisation » ne désigne cependant pas, à lui seul, une méthode exclusivement militaire. La RDC défend notamment une démarche de désarmement, de démobilisation, de cantonnement et de rapatriement, qu’elle présente comme conforme aux accords de Washington.

Le Rwanda conteste cette approche. Dans une lettre adressée au Conseil de sécurité le 29 septembre 2026, il a qualifié le protocole conclu entre Kinshasa et les FDLR de manœuvre dilatoire, soutenant que les engagements portent sur la neutralisation du groupe plutôt que sur des négociations avec lui. Il s’agit de la position rwandaise, non d’un constat indépendant sur l’efficacité du dispositif congolais.

Le désaccord concerne donc aussi les résultats à atteindre et les moyens de les reconnaître. Une remise d’armes, un cantonnement ou un rapatriement doivent être vérifiables. Sans critères partagés, une mesure présentée par une partie comme l’exécution de ses engagements peut continuer d’être jugée insuffisante par l’autre.

Le retrait rwandais, un engagement distinct

La question des FDLR ne résume pas les travaux de Garmisch. Le désengagement des forces rwandaises constitue l’autre volet du projet. La communication américaine associe les deux objectifs sans rendre public leur enchaînement opérationnel.

Le retrait s’inscrit également dans un cadre international préexistant. La résolution 2773 du Conseil de sécurité, adoptée le 21 février 2025, appelle les forces rwandaises à cesser leur soutien au M23 et à se retirer immédiatement du territoire congolais, sans conditions préalables. Elle condamne aussi le soutien des forces congolaises à certains groupes armés, notamment les FDLR, et demande sa cessation.

La négociation peut organiser les modalités pratiques de ces engagements. Elle ne permet pas de présenter le principe du retrait rwandais comme une concession encore entièrement à négocier. De même, l’expression « mesures défensives », employée dans les échanges diplomatiques, ne constitue pas une reconnaissance de la légalité de la présence militaire rwandaise en RDC.

L’organisation des étapes doit permettre l’exécution des obligations de chacun, sans devenir un motif pour les reporter indéfiniment.

Comment vérifier l’application du plan ?

La vérification figure déjà parmi les sujets discutés par le JSCM. En août 2026, les parties avaient convenu de faire avancer deux initiatives pour renforcer le suivi des engagements sur le terrain. La RDC avait présenté son plan concernant les FDLR, puis les participants avaient consulté la MONUSCO sur son expérience du désarmement et de la démobilisation.

Pour constater un désarmement, les vérificateurs doivent pouvoir contrôler les armes remises et la situation des combattants concernés. Pour attester un retrait, ils doivent distinguer le départ effectif de forces d’un simple déplacement vers d’autres positions. Une procédure est également nécessaire lorsque les deux pays contestent les faits rapportés.

Les détails tactiques peuvent demeurer confidentiels. Les responsabilités des organismes de contrôle, les grandes étapes et les suites prévues en cas de manquement peuvent néanmoins être expliquées sans divulguer les opérations.

Au 28 octobre, les éléments accessibles établissent la poursuite du travail de planification. Les comptes rendus de Garmisch reposent principalement sur la même communication américaine : leur convergence ne constitue pas une vérification indépendante de résultats militaires.

L’utilité du plan révisé dépendra de ce qu’il permettra d’exécuter et de contrôler. Après un premier calendrier annoncé pour octobre 2025, les parties doivent encore rendre lisible ce qui change : les tâches de chaque pays, les délais et les moyens de vérifier leur respect. C’est sur ces éléments que pourra être appréciée la portée de la réunion en Allemagne.






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