BLOC-GÉOPOLITIQUE | 4 novembre 2026 | Par Altesse Mulamba

Les États-Unis prévoient d’exclure les deux pays de leur programme de préférences commerciales au 1er janvier 2027. Pour Kigali, l’annonce suit les sanctions visant l’appareil militaire rwandais. Sa portée politique dépasse toutefois un effet économique qui reste à mesurer.

Le terminal à conteneurs du Cap, en Afrique du Sud, le 23 avril 2026. Photo d’archives. Crédit : Esa Alexander/Reuters

Washington entend retirer au Rwanda et à l’Afrique du Sud leur accès préférentiel au marché américain dans le cadre de l’AGOA. Annoncée le 2 novembre, cette mesure doit prendre effet le 1er janvier 2027. Donald Trump a notifié son intention au Congrès et aux deux gouvernements, à l’issue de l’examen annuel de leur admissibilité au programme.

Les reproches diffèrent. Pour le Rwanda, l’administration américaine cite les obstacles au commerce et à l’investissement, les droits humains, le pluralisme politique, l’État de droit et les droits des travailleurs. Pour l’Afrique du Sud, elle mentionne les entraves commerciales et la corruption. Elle invoque également, dans les deux cas, des pratiques contraires aux intérêts américains de sécurité et de politique étrangère, sans détailler les faits qui fondent cette appréciation.

Créé en 2000, l’African Growth and Opportunity Act permet à des produits provenant de pays africains admissibles d’entrer aux États-Unis sans droits de douane. Le bénéfice de ce régime dépend de critères économiques et politiques régulièrement réexaminés par Washington.

Les marchandises concernées pourront toujours être vendues aux États-Unis après une exclusion. Elles perdront cependant les exemptions accordées par l’AGOA, avec des conséquences variables selon les produits et les droits normalement applicables. Pour les entreprises, une hausse du coût à l’importation peut réduire les marges ou rendre leurs marchandises moins compétitives face à celles d’autres fournisseurs.

Pour Kigali, une pression supplémentaire

L’annonce intervient cinq jours après les sanctions américaines contre le ministère rwandais de la Défense et l’établissement financier Zigama. Le 28 octobre, le Trésor les a accusés de contribuer au soutien apporté au M23 dans l’Est de la RDC. Il a expressément demandé à Kigali de cesser cet appui et de retirer ses troupes du territoire congolais. Le Rwanda conteste soutenir la rébellion.

Cette succession de mesures traduit un durcissement des relations entre Washington et Kigali. Le retrait annoncé de l’AGOA élargit la pression au commerce, après des restrictions visant des institutions militaires et financières.

Les deux décisions ne reposent toutefois pas sur une justification identique. Le Trésor rattache explicitement ses sanctions à la guerre en RDC. Le communiqué commercial énumère des griefs plus larges et ne cite pas directement le conflit. Présenter l’exclusion comme une sanction exclusivement liée au M23 irait donc au-delà de ce que Washington a officiellement annoncé.

Reste à savoir quelle influence ce levier peut exercer sur les décisions rwandaises. D’après l’économiste Alexander Venter, d’Oxford Economics, environ 4 % seulement des exportations rwandaises vers les États-Unis bénéficiaient des préférences de l’AGOA en 2025. Cette estimation suggère une exposition commerciale limitée, sans exclure des difficultés pour certaines entreprises. Le montant total des ventes aux États-Unis ne doit donc pas être confondu avec celui des exportations effectivement menacées par la perte du régime préférentiel.

Le précédent de 2018 invite également à mesurer la portée de l’annonce. Washington avait déjà suspendu les avantages accordés aux vêtements rwandais. La nouvelle démarche vise l’admissibilité du pays dans son ensemble et dépasse cette restriction sectorielle.

Pretoria défend ses exportateurs

L’Afrique du Sud présente une exposition différente. D’après son gouvernement, ses exportations sous AGOA atteignaient près de 1,7 milliard de dollars en 2025, soit environ un dixième de ses ventes aux États-Unis. Les pièces automobiles, les agrumes et le vin figurent parmi les produits concernés.

Pretoria affirme avoir proposé des concessions commerciales et reproche à Washington d’avoir ajouté des exigences étrangères aux discussions engagées en 2025. Le ministre du Commerce, Parks Tau, entend poursuivre les négociations, soutenir les secteurs touchés et développer d’autres débouchés. Cette position exprime la réponse sud-africaine ; elle ne permet pas, à elle seule, de trancher le différend sur les conditions posées par les États-Unis.

La part relativement modeste de l’AGOA dans l’ensemble des exportations sud-africaines peut masquer une dépendance plus forte de certaines filières. Une entreprise ayant investi pour servir des acheteurs américains ne retrouve pas nécessairement un marché équivalent lorsque ses conditions d’accès changent. Les conséquences devront être appréciées secteur par secteur, plutôt qu’à partir des seuls échanges nationaux.

Pour Kinshasa, l’annonce américaine ouvre surtout une question sur l’efficacité de cette pression supplémentaire. Un coût commercial limité peut-il peser sur les choix de Kigali dans l’Est congolais ? Le communiqué de l’USTR ne précise ni les concessions attendues du Rwanda avant janvier ni la place qu’occuperait un retrait militaire dans un éventuel réexamen. C’est sur ces conditions, encore absentes du texte public, que se jouera la portée de la mesure pour la RDC.






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