Par Altesse Mulamba | Le Bloc-Notes News | 8 septembre 2026

Kinshasa | Martin Fayulu conteste l’exclusion de l’AFC/M23 du dialogue national alors que le gouvernement congolais négocie directement avec le mouvement dans le cadre du processus de Doha. Son argument expose une tension dans la stratégie de Félix Tshisekedi. Il l’oblige aussi à clarifier sa propre position.

Martin Fayulu, président de l’Engagement pour la citoyenneté et le développement (ECiDé).

Invité lundi 7 septembre dans l’émission Dialogue entre Congolais de Radio Okapi, le président de l’ECiDé a interrogé la distinction établie par le pouvoir entre les négociations de paix et le dialogue politique national.

« Pourquoi négocier avec l’AFC/M23 à Doha, mais refuser de parler avec eux à Kinshasa ? », a-t-il demandé.

Kinshasa considère Doha comme le cadre réservé au règlement du conflit armé. Le dialogue national doit, selon Félix Tshisekedi, réunir les forces politiques et sociales, tandis que les groupes qui combattent encore par les armes en sont exclus comme composantes politiques.

Fayulu remet en cause cette séparation. Sa position soulève toutefois une difficulté : la participation de l’AFC/M23 doit-elle intervenir avant ou après son désarmement ?

Du désarmement à l’inclusion

En février 2025, alors que l’AFC/M23 progressait dans l’est du pays, Martin Fayulu demandait directement à Corneille Nangaa de déposer les armes.

« J’exhorte Corneille Nangaa à déposer les armes, à faire prévaloir l’intérêt supérieur de la nation en pensant à l’intégrité de notre territoire national, et surtout, à reconnaître le droit inaliénable à la vie de ses frères et sœurs », déclarait-il.

Le 12 août 2026, lors d’un échange avec des membres de son parti à Bruxelles, Fayulu a adopté une position différente. Il a estimé que Joseph Kabila et Corneille Nangaa étaient des « parties prenantes » à la crise et que leur participation au dialogue national ne devait pas être exclue.

Son intervention du 7 septembre élargit cette position à l’AFC/M23. Si le gouvernement accepte de discuter avec le mouvement à l’étranger, estime-t-il, il devrait également pouvoir lui parler à Kinshasa.

Demander à un mouvement de déposer les armes puis soutenir son inclusion dans un processus politique ne constitue pas nécessairement une contradiction. Un dialogue peut précisément servir à obtenir un désarmement.

Fayulu ne dit cependant pas clairement si le dépôt des armes reste une condition préalable ou s’il doit devenir l’un des résultats attendus du dialogue.

Deux processus distincts selon Tshisekedi

Dans son adresse à la nation du 27 août, Félix Tshisekedi a exclu du dialogue, « en qualité de composantes politiques », ceux qui combattraient encore l’ordre constitutionnel par les armes au moment de l’ouverture du processus.

Cette exclusion vise également les mouvements qui occupent une partie du territoire, administrent illégalement des entités de la République ou agissent, selon le chef de l’État, au service d’une puissance étrangère.

Le processus de Doha reste en revanche ouvert à l’AFC/M23. Il doit traiter de la cessation des hostilités, du désengagement, du cantonnement, du désarmement et des autres questions directement liées au conflit.

Cette distinction permet au gouvernement de négocier avec le mouvement sans lui reconnaître le statut d’une force politique régulière.

À l’issue de réunions tenues du 17 au 21 août en Suisse, les représentants de Kinshasa et de l’AFC/M23 ont adopté une feuille de route fixant les étapes et le calendrier de la poursuite du processus de Doha.

Une ouverture individuelle

Félix Tshisekedi n’a pas totalement fermé la porte aux membres des groupes armés.

Le président a prévu une possibilité de réintégration, à titre individuel, pour ceux qui renonceraient « de manière sincère et vérifiable » aux armes et à toute forme de violence. Cette réintégration passerait notamment par les mécanismes de désarmement, de justice et de réconciliation.

La ligne présidentielle distingue ainsi l’admission collective de l’AFC/M23 comme composante politique du retour individuel de ses membres dans la communauté nationale.

Fayulu ne précise pas s’il rejette cette distinction ou s’il souhaite que Corneille Nangaa participe au dialogue après avoir renoncé à la lutte armée.

Le risque d’une prime aux armes

L’inclusion de l’AFC/M23 poserait néanmoins une question de principe. Si le contrôle militaire d’un territoire suffit à ouvrir l’accès au dialogue politique national, les acteurs qui ont choisi les voies civiles pourraient considérer que les armes permettent de peser davantage sur l’avenir du pays.

La Coalition Article 64, dont Fayulu est l’une des principales figures, mène précisément son opposition dans le cadre politique et appelle à manifester le 15 septembre.

À l’inverse, exclure du règlement politique un mouvement capable de poursuivre la guerre peut compromettre la recherche d’un accord.

La question porte donc sur les conditions de sa participation : sous quel statut, avec quels engagements et à quel moment du processus de désarmement ?

Une distinction qui devra résister aux négociations

La position du gouvernement comporte elle aussi une fragilité.

Kinshasa négocie avec l’AFC/M23 parce que le mouvement contrôle des territoires et dispose d’une capacité militaire. Il refuse cependant que cette même réalité lui ouvre l’accès au dialogue national comme composante politique.

Cette distinction restera défendable tant que Doha sera limité aux questions sécuritaires. Elle le sera moins si les négociations produisent des arrangements politiques, administratifs ou institutionnels.

Fayulu met donc en évidence une tension réelle dans la stratégie présidentielle. Sa propre proposition reste toutefois incomplète.

En 2025, il demandait à Corneille Nangaa de déposer les armes. En 2026, il souhaite qu’il participe au dialogue. Il lui revient désormais de préciser si le désarmement doit précéder cette participation, être négocié pendant les discussions ou intervenir après un accord.

Sans cette clarification, son appel à l’inclusivité laisse entière la question centrale : comment associer un mouvement armé à la recherche de la paix sans faire de la conquête militaire une voie d’accès au pouvoir politique ?


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