Bloc-Économie | Décryptage | 30 octobre 2026 | Par Altesse Mulamba

Le gouvernement congolais propose pour 2027 un budget en hausse de près de 12 %, avec la sécurité, les investissements et les services publics parmi ses priorités. Mais son financement repose largement sur une amélioration des recettes intérieures, dont le recouvrement est resté inférieur aux prévisions au premier semestre 2026.

La Première ministre Judith Suminwa présente le projet de loi de finances pour l’exercice 2027 devant l’Assemblée nationale, à Kinshasa, le 29 octobre 2026. Photo : Cellule de communication de la Primature

Judith Suminwa a présenté, jeudi 29 octobre, devant l’Assemblée nationale, un projet de loi de finances de 56 930 milliards de francs congolais, soit environ 24,8 milliards de dollars. Présenté en équilibre, en recettes et en dépenses, ce budget représente une progression de près de 12 % par rapport à la loi de finances rectificative de 2026.

La Première ministre entend renforcer les moyens consacrés à la sécurité, poursuivre les investissements publics et financer les engagements sociaux de l’État. La réalisation de ces objectifs dépendra toutefois de sa capacité à mobiliser les ressources prévues.

Les documents budgétaires offrent un premier élément d’appréciation. Au premier semestre 2026, les recettes intérieures n’ont atteint que 86 % des prévisions de la période. Les impôts, les droits de douane et les recettes non fiscales sont restés en deçà de leurs objectifs.

Ces résultats provisoires ne permettent pas de préjuger de l’exécution annuelle. Ils mettent néanmoins en évidence l’écart que le gouvernement devra combler pour donner une traduction financière à ses ambitions.

La sécurité, une priorité aux multiples dépenses

Devant les députés, Judith Suminwa a annoncé une enveloppe de 14 091 milliards de francs congolais pour le deuxième pilier du Programme d’actions du gouvernement, consacré à la protection du territoire et à la sécurité des personnes et de leurs biens.

Ce montant ne correspond pas au seul budget de l’armée. Il englobe plusieurs domaines de l’action publique, notamment la défense, la sécurité intérieure, la stabilisation, la justice et la diplomatie.

La distinction est importante. Une enveloppe globale permet d’apprécier l’orientation politique du gouvernement, mais elle ne renseigne pas directement sur les moyens supplémentaires destinés aux forces déployées, aux services de sécurité ou aux institutions judiciaires.

Dans un pays confronté à la persistance des violences dans l’Est, la question porte autant sur l’utilisation des crédits que sur leur montant.

Les députés devront donc examiner leur répartition entre administrations et programmes, les objectifs assignés à chacun et les mécanismes permettant d’en mesurer les résultats.

L’affichage d’une priorité sécuritaire ne garantit pas, à lui seul, une amélioration de la protection des populations.

Le pari d’une mobilisation accrue des recettes

Le budget général pour 2027 est évalué à 51 242 milliards de francs congolais. Les budgets annexes et les comptes spéciaux portent l’ensemble du projet à 56 930 milliards.

Ces deux chiffres correspondent à des périmètres différents et ne doivent pas être confondus.

Pour financer le budget général, le gouvernement table sur 41 786 milliards de francs congolais de ressources intérieures, soit environ 82 % du total. Les ressources extérieures représenteraient les 18 % restants.

L’essentiel de l’effort repose donc sur la capacité de l’administration à mieux collecter les recettes fiscales, douanières et non fiscales.

L’exécutif annonce plusieurs mesures : élargissement de l’assiette fiscale, identification plus rigoureuse des contribuables, renforcement des contrôles, modernisation des régies financières et poursuite de la généralisation de la facture normalisée pour la TVA.

Ces orientations visent à réduire les pertes de recettes et à mieux intégrer les activités imposables dans le système fiscal.

Leur efficacité dépendra cependant de leur application. Une prévision de recettes ne constitue pas une ressource disponible tant que les sommes correspondantes n’ont pas été effectivement encaissées.

Le bilan du premier semestre 2026 invite à la prudence. Si les recettes intérieures n’ont atteint que 86 % de leur objectif, les ressources extérieures ont dépassé les prévisions de la période.

Le rapport officiel d’exécution présente toutefois une divergence concernant les recettes globales du budget général. Son tableau détaillé fait apparaître un taux de réalisation de 95,3 %, tandis que le résumé exécutif indique 88,4 %, sur la base d’une prévision semestrielle différente.

Cette variation des références budgétaires appelle une clarification. Elle ne modifie pas le constat central : le recouvrement intérieur est resté inférieur aux objectifs, alors qu’il doit constituer la principale source de financement du budget 2027.

Une croissance attendue, mais des recettes à concrétiser

Le gouvernement fonde ses prévisions sur une croissance économique de 5,8 % en 2027, contre 5,6 % attendus en 2026.

L’activité minière devrait continuer à soutenir l’économie, tandis que l’inflation moyenne est projetée à 6,4 %, contre 3,5 % en 2026.

Ces chiffres constituent des hypothèses de préparation budgétaire, non des résultats acquis.

Leur réalisation dépendra notamment de l’évolution des cours des matières premières, de la situation sécuritaire, des conditions d’approvisionnement et de la stabilité macroéconomique.

La croissance peut favoriser une augmentation des recettes publiques en élargissant la base des activités imposables. Mais cette relation n’est pas automatique.

Une économie plus productive ne se traduit pas nécessairement par des recettes proportionnellement plus élevées si les mécanismes de collecte restent insuffisants.

L’inflation constitue une autre contrainte. Elle peut accroître le coût des fournitures, des travaux et des services achetés par l’État, réduisant ainsi les effets d’une augmentation nominale des crédits.

Un budget plus élevé en francs congolais ne garantit donc pas, à lui seul, une amélioration équivalente des services rendus à la population.

Des investissements à examiner au-delà des montants

Le gouvernement entend également renforcer l’investissement public, notamment dans les infrastructures, l’agriculture et les équipements collectifs.

Ces dépenses peuvent soutenir la croissance, améliorer les conditions de production et élargir progressivement les ressources fiscales.

Encore faut-il que les projets inscrits au budget soient effectivement financés, exécutés et achevés.

L’expérience de l’exécution budgétaire montre pourquoi il convient de distinguer les crédits votés, les engagements pris et les paiements réalisés. Un investissement peut être prévu dans la loi de finances sans bénéficier immédiatement de l’ensemble des ressources nécessaires.

Pour le Parlement, l’examen des crédits devra donc porter sur la maturité des projets, leurs calendriers, leurs sources de financement et les résultats attendus.

Il devra également permettre de déterminer quelles dépenses présentent un caractère prioritaire en cas de mobilisation insuffisante des recettes.

Cette question concerne directement la qualité de la dépense publique : quels engagements doivent être préservés et quels investissements pourraient être différés sans compromettre les services essentiels ?

Le Parlement face à l’épreuve de la soutenabilité

Le projet de loi de finances 2027 est désormais soumis à l’examen parlementaire. Les députés devront apprécier à la fois la pertinence des priorités retenues et le réalisme des prévisions destinées à les financer.

L’augmentation du budget traduit une ambition de renforcement de l’action publique. Elle intervient toutefois dans un contexte marqué par des besoins sécuritaires considérables, des engagements sociaux importants et des performances de recouvrement encore inégales.

La question n’est donc pas seulement de savoir si les dépenses prévues répondent aux besoins du pays. Elle est aussi de déterminer si les ressources annoncées pourront être mobilisées au rythme nécessaire et si les administrations disposeront des moyens de les utiliser efficacement.

Le gouvernement propose d’accroître les moyens de l’État. Le Parlement devra examiner les arbitrages qui s’imposeraient si les recettes progressaient moins vite que prévu.


Bloc-Économie | 28 octobre 2026 | Par Altesse Mulamba





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