— 8 mai 2026 | par Altesse Mulamba | Bloc-Politique | Le Bloc-Notes News

Le président Félix Tshisekedi a relancé le débat sur l’avenir institutionnel de la République démocratique du Congo en affirmant qu’il accepterait un troisième mandat « si le peuple le veut », tout en avertissant que la poursuite de la guerre à l’est pourrait compromettre l’organisation des élections prévues en 2028.

Conférence de presse du président Félix Tshisekedi à Kinshasa, le 6 mai 2026, à la Cité de l’Union africaine

Ces déclarations, faites lors d’une conférence de presse de plus de trois heures tenue le 6 mai à la Cité de l’Union africaine à Kinshasa, ont immédiatement provoqué une forte séquence politique dans le pays, entre inquiétudes de l’opposition et défense du pouvoir autour des défis sécuritaires auxquels la RDC reste confrontée.

Face à plusieurs centaines de journalistes, le chef de l’État a adopté un ton direct et assumé.

« Je n’ai pas sollicité un troisième mandat, mais si le peuple veut que j’aie un troisième mandat, je l’accepterai », a déclaré Félix Tshisekedi, précisant qu’aucune modification constitutionnelle ne pourrait intervenir sans référendum populaire.

Le président a également établi un lien explicite entre la situation à l’Est et le calendrier électoral.

« Si nous ne pouvons pas mettre fin à cette guerre, malheureusement nous ne pourrons pas organiser les élections en 2028 », a-t-il affirmé, estimant qu’aucun scrutin crédible ne pourrait être organisé tant qu’une partie du territoire reste sous contrôle de groupes armés.

Un débat constitutionnel relancé

La Constitution congolaise de 2006 limite actuellement le président à deux mandats de cinq ans. Élu en 2018 puis réélu en 2023, Félix Tshisekedi est théoriquement censé quitter le pouvoir à l’issue de son second mandat.

Mais le débat se concentre désormais autour de l’article 220 de la Constitution, considéré par de nombreux juristes comme un verrou institutionnel. Cet article interdit notamment toute révision portant sur le nombre et la durée des mandats présidentiels.

Pour une partie de l’opposition et de la société civile, même un référendum ne pourrait légalement modifier cette disposition sans ouvrir une crise constitutionnelle majeure.

D’autres analystes et juristes proches du pouvoir soutiennent toutefois que la souveraineté populaire exprimée par référendum demeure un principe fondamental dans tout système démocratique.

Jusqu’ici, Félix Tshisekedi évitait de se prononcer aussi clairement sur l’hypothèse d’un troisième mandat. Ses propos marquent donc une évolution notable dans le discours présidentiel.

Pourquoi maintenant ?

Dans les milieux politiques de Kinshasa, plusieurs observateurs estiment que cette séquence intervient dans un contexte particulier marqué à la fois par les tensions persistantes dans l’Est du pays, les débats internes au sein de l’Union sacrée et les interrogations croissantes autour de l’avenir institutionnel de la RDC.

Depuis plusieurs mois, des voix proches du pouvoir plaident pour une réflexion plus large sur la Constitution de 2006, jugée par certains responsables inadaptée aux réalités actuelles du pays, notamment sur les questions de gouvernance, de stabilité et de souveraineté.

Mais dans l’entourage présidentiel, on rejette toute idée de dérive autoritaire.

Des proches du chef de l’État estiment qu’aucune discussion sérieuse sur l’avenir démocratique du pays ne peut ignorer la guerre qui continue d’affecter une partie du territoire national.

La guerre au cœur de l’équation politique

Le débat intervient alors que l’est de la RDC traverse sa plus grave crise depuis plusieurs années.

Depuis fin 2024, l’AFC/M23 a renforcé son emprise dans plusieurs zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu malgré les efforts diplomatiques régionaux. Kinshasa accuse régulièrement le Rwanda de soutenir la rébellion, ce que Kigali continue de démentir.

Des millions de civils restent déplacés et plusieurs localités échappent encore partiellement au contrôle des autorités congolaises.

Au sein du pouvoir, plusieurs responsables soutiennent qu’aucun État ne peut organiser sereinement des élections nationales alors qu’une partie de son territoire reste sous pression armée.

« La priorité reste le rétablissement total de l’autorité de l’État », affirme un cadre de la majorité présidentielle sous couvert d’anonymat.

Cette situation constitue aujourd’hui le principal argument avancé par le camp présidentiel.

L’opposition, de son côté, accuse le pouvoir d’utiliser la guerre pour ouvrir un débat controversé autour de la question du troisième mandat.

Mais dans les rangs de la majorité, certains reprochent également à une partie de l’opposition de concentrer ses critiques sur les questions constitutionnelles tout en restant relativement discrète sur la question de l’agression armée et de l’occupation de certaines localités de l’est.

Le précédent de 2018

La RDC avait déjà organisé les élections de 2018 dans un contexte marqué par l’insécurité dans certaines régions de l’est et par l’épidémie d’Ebola.

Mais plusieurs analystes estiment que la situation actuelle est différente, notamment en raison de l’expansion territoriale du M23, de l’intensification des déplacements de populations et de la fragilité croissante de certaines administrations locales.

Pour plusieurs experts électoraux, la question dépasse désormais le simple débat politique : elle pose également un défi logistique et opérationnel majeur pour l’organisation d’un scrutin national crédible.

Une opposition vent debout

Les réactions de l’opposition ont été immédiates.

Delly Sesanga a accusé Félix Tshisekedi de vouloir « manœuvrer à découvert » pour obtenir un troisième mandat, tandis que plusieurs figures politiques, dont des proches de Joseph Kabila, Jean-Marc Kabund ou Claudel André Lubaya, évoquent déjà une violation potentielle de l’ordre constitutionnel.

Certains opposants invoquent notamment l’article 64 de la Constitution, qui érige en devoir la résistance face à tout exercice du pouvoir jugé contraire à la Constitution.

Pour plusieurs acteurs politiques, les déclarations du chef de l’État rappellent les tensions observées en 2016 sous Joseph Kabila lors du report des élections présidentielles.

Une opinion profondément divisée

À Kinshasa comme sur les réseaux sociaux, les déclarations présidentielles ont fortement polarisé l’opinion.

Une partie de la population estime qu’aucune élection crédible ne pourra être organisée tant que la guerre persistera dans l’est du pays.

D’autres craignent en revanche qu’une éventuelle révision constitutionnelle ne ravive les tensions politiques et institutionnelles.

Mais au-delà des divisions partisanes, une fatigue générale liée à la guerre, à l’instabilité et aux difficultés économiques traverse aujourd’hui une grande partie de la population congolaise.

Entre impératif sécuritaire et avenir démocratique

Au-delà de la polémique immédiate, les déclarations de Félix Tshisekedi mettent surtout en lumière le dilemme auquel la RDC reste confrontée : comment préserver l’ordre constitutionnel et organiser une alternance démocratique stable dans un pays confronté à une guerre persistante et à une souveraineté territoriale fragilisée ?

Pour l’opposition, les propos du président ouvrent un débat dangereux autour du maintien au pouvoir.

Pour le camp présidentiel, aucune réflexion sur l’avenir démocratique du pays ne peut être dissociée de la question sécuritaire et du rétablissement complet du contrôle de l’État sur l’ensemble du territoire national.

Entre guerre, souveraineté et pression démocratique, la question de 2028 pourrait désormais redéfinir durablement l’ensemble du paysage politique congolais.


“Bloc-Politique | Pourvoir et dynamiques institutionnelles”




— par La Rédaction | Le Bloc-Notes News | La voix de la République


Restez connectés sur : X : @BlocNotesNews | @altessemulamba | IG : @leblocnotesnews | @altesse_mulamba_officiel |Facebook : @LeBloc-NotesNews | @Altesse Mulamba |TikTok : @leblocnotesnews | @altessemulamba |Écrivez-nous : leblocnotesnews@gmail.com