— 1 novembre 2025 | Le Bloc-Notes News | Altesse Mulamba

À première vue, la Tanzanie vient de vivre une élection paisible. Samia Suluhu Hassan, au pouvoir depuis la mort de John Magufuli en 2021, a été réélue avec plus de 97 % des voix. Le parti au pouvoir, le Chama Cha Mapinduzi (CCM), triomphe à nouveau. Et pourtant, sous la surface d’une victoire présentée comme un signe de stabilité, se devine un malaise profond : celui d’une démocratie qui se regarde dans le miroir et n’y reconnaît plus son visage.


Scène post-électorale en Tanzanie : militaires et affiche brûlée de la présidente Hassan

Une victoire sans rivalité

Derrière les chiffres, la compétition n’existait plus. Le principal opposant, Tundu Lissu, a été arrêté au printemps pour « incitation » après avoir réclamé des réformes électorales. Son parti, le CHADEMA, a été écarté du scrutin pour n’avoir pas signé un code de conduite imposé par la Commission électorale. D’autres candidatures ont été invalidées pour des détails administratifs. Le résultat, dès lors, ne surprend personne : un scrutin sans adversaires, sans pluralisme, sans suspense.

Les rues de Dar es Salaam ont aussitôt résonné d’une colère longtemps contenue. Des milliers de jeunes ont défilé, dénonçant une élection « volée ». Le pouvoir a répondu par la force : déploiement de l’armée, couvre-feu, coupure d’internet. Les chiffres varient : l’opposition parle de centaines de morts, les Nations unies confirment une dizaine de victimes. Mais au-delà du bilan humain, c’est la confiance du peuple qui s’effrite.

Le miroir brisé de la démocratie

Depuis l’indépendance, la Tanzanie cultivait une image d’oasis de stabilité dans une région tourmentée. Sous Samia Suluhu Hassan, première femme à diriger le pays, beaucoup espéraient un souffle nouveau : plus d’ouverture, plus de dialogue. Quatre ans plus tard, ces promesses se heurtent à la réalité d’un pouvoir qui contrôle, surveille, verrouille.

L’internet coupé le jour du vote, les médias contraints au silence, les opposants réduits au mutisme : autant de fissures dans un modèle que l’on disait exemplaire. « Quand le pouvoir refuse la contradiction, c’est la confiance qui s’effondre », murmure un étudiant rencontré à Mwanza avant que la connexion ne disparaisse.

Dans ce miroir désormais fendu, la démocratie tanzanienne renvoie l’image d’un État qui craint son propre peuple.

La jeunesse et la désillusion

Car ce sont surtout les jeunes qui se sont levés. Une génération connectée, consciente, qui ne se satisfait plus d’un discours de stabilité sans liberté. Pour eux, la démocratie ne se mesure pas au silence des urnes, mais à la possibilité d’être entendus.

« On nous dit de patienter », confie une manifestante de 25 ans, « mais nous n’avons plus le luxe du silence. »

Derrière la revendication politique, il y a un désenchantement plus large : chômage, inflation, et sentiment d’étouffer dans une société où la réussite semble réservée à ceux qui obéissent.

Le paradoxe est cruel : un pays jeune, prometteur, qui bride sa propre énergie.

L’Afrique et le dilemme de la stabilité

Le cas tanzanien dépasse ses frontières. De Dakar à Addis-Abeba, le mot « stabilité » est devenu l’argument préféré des régimes pour justifier la continuité du pouvoir. Mais la stabilité n’a de sens que si elle repose sur la justice. Sans cela, elle n’est qu’un calme sous surveillance.

La communauté internationale, prudente, appelle au « dialogue ». Les chancelleries occidentales s’inquiètent tout en préservant leurs intérêts miniers et stratégiques. Mais l’enjeu est d’abord africain : comment concilier autorité et liberté, gouvernance et responsabilité ? Comment bâtir des institutions capables d’arbitrer sans être soumises ?

La République du possible

La Tanzanie a été un symbole d’unité nationale et d’équilibre ethnique. Elle pourrait redevenir un laboratoire de confiance politique, si le pouvoir accepte d’écouter ce que la rue murmure : le désir de dignité.

Ce qui meurt dans le silence d’une élection verrouillée, ce n’est pas seulement la voix du citoyen, c’est la foi du peuple en la République. Et sans cette foi, aucune stabilité n’est durable.

L’Afrique ne manque pas de paix. Elle manque d’espace pour respirer librement.




— par Altesse Mulamba | Le Bloc-Notes News | La voix de la République


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