— 29 octobre 2025 | Le Bloc-Notes News | Altesse Mulamba
Le tribunal militaire de Kinshasa-Gombe a ouvert ce lundi 27 octobre une audience en flagrance qui fait déjà grand bruit. Au centre de l’affaire : l’adjudant Sarah Ebabi Bonga, secrétaire du département sécurité à l’état-major militaire de renseignement des FARDC. Elle est poursuivie pour avoir publié sur les réseaux sociaux des photos issues d’un shooting et des vidéos à caractère personnel tournées avec son époux, dans le cadre de la préparation de leur mariage religieux prévu pour le 31 octobre.

Derrière ces images, apparemment anodines, se joue un débat plus profond sur la frontière entre la vie privée et la discipline militaire, sur la liberté d’expression des femmes en uniforme, et sur le poids d’un système souvent plus prompt à sanctionner qu’à comprendre.
Une consigne stricte, un dossier symbolique
Le ministère public s’appuie sur un télégramme du 23 décembre 2021, signé par le chef d’état-major général, qui interdit aux militaires de s’afficher en tenue sur les réseaux sociaux, de publier des documents, des images non autorisées ou des propos susceptibles de nuire à « l’honneur, la dignité et la crédibilité » des FARDC.

C’est sur la base de ce texte que l’adjudant Ebabi Bonga est poursuivie pour violation des consignes militaires.
Mais dans les faits, le télégramme ne précise pas les limites entre la sphère professionnelle et la sphère personnelle, encore moins la manière dont la hiérarchie évalue la gravité d’une publication.
Cette zone grise ouvre la porte à des interprétations variables et, selon plusieurs observateurs, à des sanctions parfois arbitraires.
Ce que dit la loi militaire congolaise
Le Statut du Militaire (loi n° 13/005 du 17 janvier 2013) et le Décret n° 23/117 du 18 novembre 2023 sur le Code d’éthique et de bonne conduite des FARDC encadrent la discipline et le comportement des militaires.
Ces textes insistent sur la loyauté, la réserve et la confidentialité, mais ils ne privent pas le militaire de ses droits fondamentaux, notamment celui au respect de la vie privée et à la dignité humaine.
En théorie, la justice militaire ne peut intervenir que lorsqu’un comportement cause un préjudice direct à la sécurité ou à l’image de l’armée.
Or, dans le cas de l’adjudant Bonga, rien n’indique que les images diffusées contenaient des informations sensibles ou portaient atteinte à des opérations militaires.
La question devient donc inévitable : jusqu’où la discipline peut-elle aller sans se transformer en abus d’autorité ?
Une femme devant un système pensé pour les hommes
Si cette affaire choque autant, c’est aussi parce qu’elle met en lumière la place fragile des femmes dans une institution historiquement masculine.

Des sources internes aux FARDC, sous anonymat, affirment que des cas similaires impliquant des hommes n’ont pas toujours été sanctionnés avec la même sévérité.
La société congolaise, encore marquée par une culture du contrôle du corps et de l’image des femmes, tend à juger plus durement celles qui s’exposent publiquement, même lorsqu’elles ne font que célébrer leur vie personnelle.
Pour beaucoup, l’affaire Ebabi Bonga illustre cette double peine : être jugée non seulement comme militaire, mais aussi comme femme.
« Si elle était un homme, on parlerait d’une erreur de communication. Là, on parle de faute grave », glisse une internaute.
Une ligne rouge floue entre vie privée et devoir de réserve
L’ère numérique bouscule les institutions. Les réseaux sociaux ne sont plus de simples vitrines, mais des espaces d’expression identitaire.
Or, dans l’armée, la frontière entre ce qui relève du privé et du professionnel reste floue.
Peut-on être à la fois soldat et épouse, citoyenne et amoureuse, sans craindre la réprimande ?
Peut-on sourire à la caméra sans trahir le serment d’obéissance ?
Ce sont ces paradoxes que révèle, involontairement, le cas Ebabi Bonga : la difficulté de concilier humanité et uniforme.
Une justice qui gagnerait à évoluer avec son temps
En RDC, l’armée traverse une période de transformation. Le nouveau code d’éthique de 2023 cherche à redorer son image, à professionnaliser les rangs et à restaurer la confiance du public.
Mais la justice militaire, souvent critiquée pour sa lenteur et son opacité, doit encore prouver qu’elle sait distinguer entre faute disciplinaire et simple expression de vie personnelle.
Sanctionner un shooting privé, sans menace réelle à la sécurité nationale, risque d’envoyer un message contre-productif : celui d’une institution plus soucieuse de contrôler que de comprendre.
Un débat national sur la liberté et la dignité
Au-delà de la salle d’audience, cette affaire relance un débat nécessaire : quelle place la République démocratique du Congo veut-elle accorder à la liberté individuelle de ses agents publics, notamment les femmes en uniforme ?
Entre discipline et dignité, entre autorité et humanité, le pays cherche encore son équilibre.
Et pendant que le tribunal délibère, une partie de l’opinion se demande si l’armée congolaise ne juge pas ici moins une faute qu’une femme.
Rédaction : Le Bloc-Notes News
Analyse : Altesse Mulamba
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