— 7 octobre 2025 | Par Altesse Mulamba | Directrice et Rédactrice en Chef | Le Bloc-Notes News | Bloc-Économie

En République démocratique du Congo, les signes d’un retour en force du franc congolais se multiplient. Selon les données officielles de la Banque Centrale du Congo (BCC), le taux de change s’établit désormais à 2 472,47 CDF pour 1 USD. Dans les rues de Kinshasa, les guichets en monnaie locale attirent désormais les foules, tandis que ceux en dollars restent presque déserts. Pourtant, derrière cette image d’un franc en reconquête, une contradiction persiste : le taux baisse, mais les prix, eux, semblent s’accrocher.

Photo © AFP / Kazuhiro NOGI

Une transition monétaire inégale

Même si le franc congolais s’est raffermi, la dollarisation reste profondément ancrée dans les habitudes. Beaucoup de commerçants continuent à afficher les prix en dollars ou à les indexer sur le taux du jour, par prudence.

« Si je baisse mes prix aujourd’hui, je crains que dans une semaine le franc s’effondre et je perde tout », un vendeur au marché de Kitambo, à Kinshasa. « Les clients demandent toujours les prix en dollars, c’est plus “sûr” dans leur tête. »

Pour moi, cette inertie illustre bien une réalité que je rencontre souvent : la confiance dans notre monnaie ne se décrète pas, elle se construit. Comme le souligne un économiste de la place : « La mémoire des crises monétaires passées influence encore les comportements. Le taux s’améliore, mais la confiance met toujours plus de temps à revenir. »

Les importateurs, eux, restent prudents : leurs coûts : transport, taxes portuaires, achats à l’étranger … demeurent libellés en devises fortes. Ils ajustent lentement leurs marges, s’ils y parviennent, et la lenteur structurelle du marché ralentit l’impact direct sur les prix.

Les banques face à la pression du cash

Avec la progression de la dédollarisation, les institutions financières sont en première ligne. La demande en liquidités en CDF augmente rapidement, surtout dans les grandes villes. Cela exige un réapprovisionnement fiable et des prévisions de flux plus fines.

La logistique du cash (transport, sécurité, couverture des zones rurales) devient un baromètre du succès de cette politique. Un franc congolais visible, disponible et fluide inspire plus confiance qu’un taux favorable mais abstrait.

D’après les statistiques de la BCC, l’inflation annuelle s’est établie à 7,79 % fin août 2025, un recul par rapport au pic du trimestre précédent, mais encore au-dessus de l’objectif officiel fixé à 5,5 %.

L’enjeu central : la confiance

Pour ma part, je considère que, pour que la baisse du taux se traduise dans le panier du consommateur, plusieurs leviers doivent être activés :

  • réduire les coûts logistiques (transport, distribution, stockage) ;
  • stabiliser les charges fiscales et parafiscales (TVA, douanes) ;
  • renforcer la transparence des marges dans la chaîne d’approvisionnement ;
  • accélérer la numérisation des paiements en CDF pour réduire la dépendance au cash

Comme je le constate dans mes échanges avec les acteurs économiques, « la véritable dédollarisation se joue dans la confiance quotidienne, pas dans les tableaux de taux », affirme une analyste financière. Quand les citoyens pourront payer et épargner en franc sans crainte de perte de valeur, le dollar reculera naturellement.

Une tendance régionale

La RDC n’est pas seule dans cette bataille. Des pays voisins comme l’Angola ou le Zimbabwe ont également tenté de restaurer la primauté de leur monnaie nationale, avec des succès variables. En Angola, le kwanza s’est stabilisé grâce à la rigueur budgétaire et à la discipline de la Banque centrale. Au Zimbabwe, en revanche, le retour précipité à la monnaie locale sans filet de confiance a provoqué une rechute inflationniste.

Je pense que la leçon qu’on devrait tirer est que la stabilité monétaire doit s’accompagner d’une pédagogie économique et d’une cohérence politique à long terme.

Bilan et perspectives

Le franc congolais regagne du terrain, mais sa conquête reste fragile tant que les prix résistent. Une monnaie ne vit pas que par les chiffres : elle vit par la confiance. Et pour que cette confiance s’installe, il faut rigueur, constance, et une communication claire entre l’État, les banques et les citoyens.

Redonner foi au franc, c’est restaurer un symbole de souveraineté nationale et un défit que nous devons tous relever.


Altesse Mulamba | Directrice et Rédactrice en Chef |Le Bloc-Notes News


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