— 3 avril 2025 | Le Bloc-Notes News | Altesse Mulamba

La reconquête de Walikale par les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), annoncée ce jeudi, offre à Kinshasa un avantage stratégique face aux rebelles du M23. Mais au-delà du succès militaire, cet événement s’inscrit dans une guerre d’influence régionale et internationale, où se mêlent rivalités politiques, ambitions économiques et reconfigurations stratégiques.

Alors que la région des Grands Lacs demeure un foyer de tensions, la reprise de Walikale soulève une question cruciale : cet exploit militaire peut-il réellement changer la donne ou n’est-il qu’un épisode de plus dans un conflit plus vaste ?

RDC-Rwanda : un conflit qui dépasse les frontières

La chute et la reprise de Walikale illustrent la complexité du conflit entre la RDC et le Rwanda. Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23 pour contrôler indirectement les ressources minières du Nord-Kivu. Une accusation étayée par plusieurs rapports onusiens et enquêtes indépendantes, bien que fermement niée par le gouvernement rwandais.

Le Rwanda, sous la présidence de Paul Kagame, justifie son implication dans l’Est congolais par la présence des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda), un groupe hutu armé opposé à son régime. Cette logique de “sécurité préventive” lui permet de maintenir un certain contrôle sur les territoires frontaliers.

Mais la reconquête de Walikale, un point stratégique essentiel pour le M23, fragilise cette position rwandaise. En privant la rébellion d’une base logistique clé, Kinshasa reprend l’initiative, tant sur le terrain militaire que sur le plan diplomatique.

Le conflit ne se limite cependant pas à une opposition entre Kinshasa et Kigali. Il s’agit aussi d’une bataille pour le contrôle des corridors économiques reliant l’est congolais aux ports de Mombasa et Dar es Salaam. Kigali, privé d’accès direct à la mer, dépend de ces routes commerciales pour l’exportation des minerais, tandis que la RDC cherche à affirmer sa souveraineté sur ses propres ressources.

La reprise de Walikale pourrait donc inciter le Rwanda à renforcer son soutien au M23, voire à envisager une implication plus directe, risquant ainsi de transformer cette guerre par procuration en un conflit ouvert.

Une gouvernance régionale en crise

Les institutions régionales, censées gérer ces tensions, peinent à trouver une réponse efficace.

La Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) et la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) ont multiplié les initiatives diplomatiques (sommet de Luanda en 2022, pourparlers de Nairobi en 2024, accord de Doha en 2025), mais sans succès notable.

Pourquoi cet échec ?

L’Ouganda est accusé de fermer les yeux sur les flux d’armes vers le M23.

Le Kenya, qui tente de jouer les médiateurs, évite de s’engager trop directement.

L’Angola, malgré ses efforts, peine à imposer son leadership dans la région.

Quant à l’Union africaine, elle reste largement passive, freinée par des divisions internes. De son côté, la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe), dominée par l’Afrique du Sud, se concentre sur d’autres crises (Mozambique, Zimbabwe).

L’absence d’une puissance africaine capable d’imposer un arbitrage fort laisse donc le champ libre à des escalades militaires.

Une lutte pour les ressources stratégiques

Le conflit autour de Walikale ne concerne pas seulement les États africains : il attire également l’attention des grandes puissances, en raison des minerais stratégiques que recèle la région (coltan, cobalt, lithium).

Les États-Unis cherchent à renforcer leur partenariat avec la RDC pour contrer l’influence chinoise sur les ressources minières.

La Chine, déjà solidement implantée en RDC via ses investissements massifs dans les infrastructures (routes, barrages), joue un équilibre délicat entre Kinshasa et Kigali afin de sécuriser ses approvisionnements.

L’Europe est divisée :

La France soutient la RDC pour maintenir son influence en Afrique francophone, mais avec des moyens limités.

La Belgique, autrefois proche du Rwanda, prend ses distances après les sanctions européennes contre des officiels rwandais.

L’Allemagne, plus discrète, privilégie une approche économique.

L’ONU, malgré une résolution ferme en février 2025, peine à agir, bloquée par des rivalités au Conseil de sécurité. La Russie et la Chine hésitent à sanctionner Kigali, tandis que les pays occidentaux peinent à s’accorder sur une stratégie commune.

Quels scénarios pour la suite ?

Si la reprise de Walikale constitue une victoire militaire et symbolique pour Kinshasa, elle pourrait aussi marquer le début d’une escalade plus dangereuse.

Trois scénarios sont envisageables :

1. L’intensification du conflit

• Frappé par cette perte stratégique, le Rwanda pourrait redoubler son soutien au M23, voire s’impliquer plus directement, transformant une guerre par procuration en un conflit interétatique.

2. Une opportunité diplomatique

• Fort de cet avantage, Tshisekedi pourrait pousser pour des négociations sous conditions, mettant la pression sur Kigali tout en consolidant le soutien international à la RDC.

3. Un enlisement prolongé

• Comme par le passé, cette victoire pourrait ne pas suffire à renverser durablement le rapport de forces, laissant place à un cycle de reprises et pertes successives sans véritable avancée vers la paix.

Ce qui est certain, c’est que cette bataille n’est pas seulement militaire : elle s’inscrit dans un échiquier beaucoup plus vaste, où les logiques de souveraineté nationale entrent en collision avec les stratégies de puissance des acteurs régionaux et internationaux.

La RDC peut-elle transformer cette avancée militaire en levier diplomatique durable, ou Walikale ne restera-t-elle qu’une victoire temporaire dans un conflit qui ne cesse de se réinventer ?


— par Altesse Mulamba | Directrice et Rédactrice en Chef | Le Bloc-Notes News |La voix de la République


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