— 31 mars 2025 | Le Bloc-Notes News | Altesse Mulamba
KINSHASA – Alors que l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC) est ravagé par un conflit armé de plus en plus intense, plusieurs personnalités politiques et militaires ont récemment rejoint l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et son bras armé, le Mouvement du 23 Mars (M23), un groupe rebelle soutenu par le Rwanda. Ces ralliements accentuent la crise de légitimité du gouvernement congolais et posent de sérieuses questions sur l’avenir du pays.

Une rébellion qui séduit de plus en plus de figures politiques et militaires
Kazadi n’est pas un cas isolé. Son ralliement s’inscrit dans une tendance inquiétante d’anciens responsables politiques et militaires rejoignant l’AFC/M23, qui contrôle des zones stratégiques au Nord-Kivu et au Sud-Kivu avec l’appui du Rwanda.
Outre Kazadi et les figures déjà mentionnées, plusieurs autres personnalités politiques et militaires ont récemment rejoint les rangs de la rébellion, illustrant une dynamique inquiétante. Parmi elles :
Franck Diongo — Ancien opposant politique, président du MLP (Mouvement Lumumbiste Progressiste).
Henri Magie, Yannick Tshisola et Adam Chalwe — Anciens jeunes politiciens, certains issus du PPRD, ils ont été aperçus en uniforme du M23 lors d’un rassemblement au Nord-Kivu en mars 2024.
Didier Mulumba — Ancien conseiller au sein du gouvernement congolais, il était chargé des questions économiques et a critiqué ouvertement la gestion des ressources minières par Kinshasa avant de rejoindre l’AFC.
Colonel Aimé Kanyamuhanga — Officier supérieur de l’armée congolaise (FARDC), il a déserté en février 2025 après avoir dénoncé un manque de soutien logistique et stratégique du gouvernement aux forces armées.
Paul Munganga — Ancien député national, il s’est récemment exilé à Kigali avant d’annoncer son soutien à l’AFC, accusant le gouvernement de marginaliser certaines provinces dans la répartition des richesses.
Général Faustin Mwamba — Ancien membre de la garde républicaine sous Kabila, il s’était mis en retrait de la vie politique après 2019 mais vient de réapparaître aux côtés du M23.
Jean-Pierre Kabongo — Ancien diplomate, il a pris position en faveur du M23, déclarant que “la RDC a besoin d’une refondation” et appelant la communauté internationale à reconnaître l’AFC comme un acteur légitime du conflit.
Ces ralliements successifs donnent une légitimité accrue à l’AFC/M23 et montrent que le mouvement attire non seulement des combattants, mais aussi des figures politiques et stratégiques de premier plan.
Une crise qui s’aggrave : peut-on freiner cet exode massif ?
Les sanctions internationales n’ont pas suffi à endiguer l’expansion du M23. Depuis 2022, les États-Unis et l’Union européenne ont sanctionné plusieurs figures du M23 et des officiels rwandais, notamment James Kabarebe, conseiller de Paul Kagame. Malgré cela, le mouvement continue de gagner du terrain.
La RDC a réagi en durcissant sa position :
Condamnations à mort : En août 2024, 26 membres du M23, dont Corneille Nangaa, ont été condamnés par contumace pour crimes de guerre.
Menace de déchéance de nationalité : Des propositions émergent pour retirer la nationalité congolaise aux membres du M23, mais leur mise en œuvre reste incertaine.
Cependant, ces mesures n’ont pas ralenti l’offensive du M23, qui contrôle désormais des territoires clés et menace de s’approcher de Bukavu.
Un échec de la diplomatie et des alternatives inexplorées
Malgré plusieurs tentatives de médiation, les pourparlers entre la RDC et le Rwanda restent dans l’impasse.
Approches déjà tentées et leurs échecs :
Sanctions ciblées — Elles ont fragilisé certains responsables rwandais mais n’ont pas dissuadé Kigali de soutenir le M23.
Interventions militaires régionales — La SADC et le Burundi ont envoyé des troupes, mais cela n’a pas suffi à neutraliser la rébellion.
Processus de paix de Luanda et Nairobi — Malgré les engagements pris, Kigali continue de soutenir le M23, rendant ces accords inefficaces.
Face à cet échec, une nouvelle approche radicale pourrait être envisagée :
1. Fracturer l’unité interne du M23/AFC
Jusqu’ici, le gouvernement congolais a traité le M23 et l’AFC comme un bloc monolithique. Pourtant, ces alliances reposent souvent sur des accords fragiles entre factions aux intérêts divergents.
• Infiltration et dissensions internes : Kinshasa pourrait exploiter ces fractures en infiltrant des agents pour semer la méfiance entre les leaders du M23 et les nouveaux ralliés.
• Négociation ciblée avec certaines factions : Certains membres du M23 ont rejoint la rébellion par opportunisme plutôt que par idéologie. Offrir des garanties de sécurité et des postes clés à ceux qui acceptent de quitter le mouvement pourrait affaiblir leur cohésion.
2. Guerre hybride et contre-insurrection
Le gouvernement congolais a jusque-là privilégié une approche militaire conventionnelle, qui s’est avérée inefficace face à un ennemi mobile et bien équipé.
• Stratégie asymétrique : Former des unités spéciales pour mener des actions ciblées contre les infrastructures logistiques du M23 plutôt que des affrontements directs.
• Soutien aux milices locales anti-M23 : Bien que risqué, un appui discret à des groupes hostiles au M23 pourrait créer une guerre d’usure pour les rebelles.
3. Couper les flux financiers et logistiques
Le M23 finance ses opérations par le trafic de minerais et le soutien clandestin du Rwanda.
• Traçabilité des minerais : Plutôt que de sanctionner directement le Rwanda, la RDC pourrait lancer une coalition avec l’Union Africaine et l’ONU pour exiger une certification systématique des minerais vendus par Kigali, afin d’assécher les revenus du M23.
• Cyberguerre financière : En collaboration avec les banques internationales, traquer et bloquer les transactions suspectes liées aux financements de l’AFC.
4. Une réorientation diplomatique plus audacieuse
Les efforts diplomatiques actuels n’ont pas abouti en raison d’une approche trop classique.
• Créer une nouvelle alliance stratégique : La RDC pourrait se tourner vers des puissances émergentes comme l’Inde ou la Turquie et la Russie pour renforcer ses capacités militaires et diplomatiques.
• Médiation sous un autre format : L’ONU et l’EAC ont échoué à imposer une solution durable. La RDC pourrait proposer un sommet africain inédit incluant des médiateurs neutres comme l’Afrique du Sud.
Une nation à la croisée des chemins
Le ralliement de figures comme Kazadi et d’anciens hauts gradés à l’AFC/M23 montre qu’une partie des élites congolaises ne croit plus en la capacité du gouvernement actuel à stabiliser le pays. La gestion de cette crise déterminera non seulement l’avenir sécuritaire de la RDC, mais aussi son positionnement sur l’échiquier politique continental. La question n’est plus seulement militaire, mais bien politique et institutionnelle.
La RDC doit-elle revoir sa gouvernance pour éviter d’autres crises de légitimité à l’avenir ?
Tant que ces questions ne seront pas adressées, aucune solution durable ne pourra émerger. Si Kinshasa ne veut pas voir l’Est du pays tomber définitivement sous contrôle rebelle, elle doit adopter une stratégie plus agressive et créative, combinant sabotage économique, guerre asymétrique et pression diplomatique ciblée.

— par Altesse Mulamba | Directrice et Rédactrice en Chef | Le Bloc-Notes News |La voix de la République
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