— 31 mars 2025 | Le Bloc-Notes News | Altesse Mulamba

L’Afrique est accablée par des crises d’une ampleur inouïe. Au Soudan, depuis avril 2023, le conflit entre les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (FSR) a forcé 12 millions de personnes à fuir, un exode sans précédent. À l’Est de la RDC, les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, ont plongé 7,3 millions de personnes dans le chaos. Et ce n’est que le début : du Sahel à la Somalie, de l’Éthiopie au nord du Mozambique, la violence se propage comme une mauvaise herbe difficile à arracher. Face à ce déferlement, une question se pose : pourquoi l’Afrique ne parvient-elle pas à construire sa propre armure pour éteindre ces feux ? Si elle le souhaite, qu’est-ce qui l’empêche encore de se protéger et de rester vulnérable ?

2023 — Des combattants à bord d’un véhicule faisant partie d’un convoi militaire escortant le gouverneur de l’État du Darfour | Source : Getty Images

Soudan : À qui profite le chaos ?

Les guerres africaines ne sont pas le fruit du hasard. Elles nourrissent un réseau d’intérêts locaux et mondiaux où chaque goutte de sang versée semble enrichir les bonnes poches.

Au Soudan, les Émirats arabes unis soutiennent les Forces de soutien rapide (FSR) avec des armes et des fonds, visant 6 milliards de dollars d’investissements agricoles et une prise stratégique sur le port d’Abu Amama. La Russie, via Wagner, échange des armes contre de l’or, tandis que la Turquie vend des drones pour 120 millions de dollars aux Forces armées soudanaises (SAF) en 2023, malgré l’embargo.

En République Démocratique du Congo (RDC), le Rwanda exploite le chaos pour piller les ressources minérales de coltan et de cobalt, indispensables à l’industrie mondiale des technologies. Les entreprises chinoises, quant à elles, traitent avec des acteurs locaux fragilisés par le conflit.

Les puissances occidentales, quant à elles, tout en soutenant des régimes clés, imposent des sanctions économiques qui fragilisent les populations sans impacter directement les élites ou les groupes armés. Le scandale Sarkozy de 2007, avec les soupçons de financement libyen pour la campagne présidentielle en échange du soutien à Kadhafi, illustre combien l’Occident sait tirer profit des crises africaines.

Ce contexte de violence crée un marché des armes florissant. En Afrique, l’aide humanitaire, qui se veut un soutien d’urgence, est détournée. Elle ne touche souvent qu’une fraction des civils, le reste étant siphonné par des factions armées ou détourné pour financer des intérêts politiques. Les ONG, parfois incapables de faire face à des crises toujours plus complexes, se retrouvent en bien mauvaise posture, pris entre les exigences politiques et la réalité du terrain.

En définitive, la division africaine ne résulte pas seulement d’instabilités internes, elle est aussi encouragée par un ordre mondial qui a tout à gagner d’un continent fragmenté, plus facile à exploiter qu’un bloc uni et souverain.

Les sanctions : un levier inefficace ?

Les sanctions internationales, censées répondre aux crises, n’ont pas l’impact escompté. Au Soudan, bien que les États-Unis aient sanctionné Abdel Fattah al-Burhan en janvier 2025 pour sa “déstabilisation”, les combats se poursuivent, les armes affluent, et des pays comme l’Iran et les Émirats arabes unis continuent de violer l’embargo.

En RDC, les sanctions contre des responsables rwandais liés au M23 n’ont pas arrêté l’exploitation illégale des minerais. Ces sanctions, plus géopolitiques qu’efficaces, visent des acteurs secondaires sans toucher les véritables responsables du chaos. La corruption et les inégalités restent intouchées, et les dirigeants, eux, continuent de cacher leurs fortunes ailleurs, loin des sanctions. Et ce sont les populations qui en souffrent.

L’ingérence étrangère : un cercle vicieux

L’ingérence étrangère n’aide en rien à résoudre les crises, elle les alimente. La France maintient sa présence au Tchad pour sécuriser son allié Idriss Déby, la Chine investit massivement, souvent sans poser de questions, et l’ONU reste paralysée face à l’ampleur des conflits. Quant aux ONG, elles se retrouvent parfois instrumentalisées par des agendas politiques qui détournent leur mission d’aide humanitaire.

Pourquoi l’Afrique reste-t-elle éclatée ?

Une Afrique fragmentée profite à ceux qui souhaitent exploiter ses ressources. Les frontières coloniales, mal tracées et ignorantes des réalités culturelles et ethniques, ont semé les graines des divisions actuelles. L’Union africaine (UA), dépendante financièrement des puissances occidentales, reste bien souvent incapable de prendre des mesures décisives face à ces crises. Parallèlement, les élites locales, souvent corrompues, exacerbent la situation, comme en témoignent des affaires de détournement de fonds au Soudan.

Cette division devient un alibi pour justifier les interventions étrangères, qu’il s’agisse des bases françaises au Sahel ou des missions de maintien de la paix de l’ONU. Une Afrique unie aurait la capacité de changer la donne et de briser ce cycle.

L’Afrique peut-elle prendre les rênes ?

En 2002, l’UA avait juré de trouver des “solutions africaines” aux problèmes africains. En mars 2025, alors que le Soudan est toujours en guerre, l’UA peine à prendre des mesures concrètes. Les États africains, réticents à financer une organisation qu’ils ne contrôlent pas pleinement, et les divisions internes entre pays empêchent toute action coordonnée.

Cependant, il existe des exemples d’initiatives africaines réussies, comme l’action de la CEDEAO au Mali en 2013 ou la mobilisation de la SADC au Mozambique en 2021. Ces succès montrent qu’une Afrique unie et organisée peut agir efficacement pour résoudre ses propres crises.

De plus, les mouvements populaires africains, les organisations de la société civile, et les jeunes générations sont des acteurs clés dans cette dynamique. Ils sont les premiers à résister à l’oppression, à dénoncer la corruption, et à proposer des solutions alternatives.

Il est temps que l’UA devienne une force capable de sanctionner les profiteurs internes, d’empêcher l’ingérence étrangère et de défendre ses intérêts. Une Afrique forte pourrait se libérer de ses chaînes et mettre fin au cycle de chaos qui déchire son continent.

L’urgente nécessité de l’unité africaine

L’Afrique est à un carrefour crucial. Si elle veut mettre fin aux cycles de violence et d’exploitation, elle doit surmonter ses divisions internes et adopter une approche plus unifiée et autonome. L’Afrique doit faire face à ses propres défis, avec ses propres solutions. Les exemples de solidarité régionale existent, mais il est maintenant temps de passer à l’action. Une Afrique unie serait une Afrique capable de reprendre le contrôle de son destin, de protéger ses peuples et d’éradiquer les facteurs qui nourrissent la guerre et la souffrance.


— par Altesse Mulamba | Directrice et Rédactrice en Chef | Le Bloc-Notes News |La voix de la République


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