— 27 mars 2025 | Le Bloc-Notes News | Altesse Mulamba

À 34 ans, le Dr Espérance Luvindao a pris ses fonctions de ministre de la Santé et des Services sociaux de la Namibie le 22 mars 2025, nommée par la présidente Netumbo Nandi-Ndaitwah, selon l’agence officielle NAMPA. Née en Namibie de parents originaires de la République démocratique du Congo (RDC), cette médecin symbolise une intégration réussie dans un pays qui reconnaît la citoyenneté par le lieu de naissance. Pourtant, son ascension soulève des débats, en Namibie comme en RDC, où l’acceptation de figures issues de l’immigration reste entravée par des fractures historiques et ethniques. La RDC est-elle prête à accueillir une telle ouverture ? Entre conventions internationales, constitution nationale et conflits persistants, cette nomination agit comme un miroir révélateur.

Dr Espérance Luvindao | Ministre de la Santé et des Services sociaux de la Namibie

Un parcours exemplaire en Namibie

Formée à l’Université de Namibie et titulaire d’un MBA en gestion de la santé, le Dr Luvindao s’est distinguée par son engagement. Fondatrice de la Osaat Africa Health Foundation, elle a offert des consultations médicales gratuites en ligne à plus de 44 000 patients africains durant la pandémie de Covid-19, une initiative récompensée en 2022 par le Commonwealth Points of Light Award. Sa nomination reflète la volonté de la présidente namibienne de promouvoir la jeunesse et l’innovation. Cependant, des critiques, relayées sur les réseaux sociaux, déplorent son manque d’expérience administrative, certains la surnommant “online doctor” peu apte à diriger un ministère.

La RDC et ses divisions ethniques

En RDC, l’identité ethnique demeure un terrain miné. Avec plus de 400 groupes définis par leurs langues plutôt que leurs terres, selon l’anthropologue Léon Tsambu, le pays peine à intégrer ceux perçus comme “étrangers”, même nés sur son sol. La Constitution de 2006, dans son article 10, réserve la nationalité à ceux dont un parent appartient à une ethnie établie avant 1885, excluant les descendants de migrations récentes. Cette règle, visant à préserver l’unité, attise au contraire des conflits, notamment dans l’Est du pays, où l’appartenance ethnique devient un enjeu de pouvoir et de survie.

Le Nord-Kivu illustre cette fracture : depuis les années 1990, les populations tutsi d’origine rwandaise, comme les Banyamulenge, sont accusées de vouloir s’approprier des terres et d’imposer leurs traditions. Le M23, groupe armé actif depuis 2012 et soutenu par le Rwanda selon l’ONU, incarne cette tension : ses membres, souvent nés en RDC, sont rejetés comme “étrangers”. Au Kasaï, les violences de 2016-2017 entre milices locales et forces étatiques ont aussi été exacerbées par l’arrivée de réfugiés angolais, perçus comme une menace à l’identité régionale. Ces exemples révèlent une RDC où la langue et l’histoire priment sur le lieu de naissance.

Droit international et réalité constitutionnelle

La Namibie reconnaît la nationalité par le lieu de naissance, un principe inscrit dans sa Constitution de 1990, qui a permis au Dr Luvindao d’accéder à un poste ministériel. En RDC, la primauté du lien de sang complique l’intégration. Bien que signataire de la Convention de 1954 sur les apatrides, qui impose d’accorder la nationalité aux enfants nés sur le territoire en cas de risque d’apatridie, le pays applique rarement cette règle. Un rapport de l’UNHCR de 2023 recense des milliers d’apatrides dans l’est, victimes de cette rigidité.

La menace de déchéance de nationalité, bien que peu utilisée, plane dans le débat public. En 2015, la candidature de Moïse Katumbi a ravivé les controverses sur la “congolité”, ses origines familiales étant scrutées. Une personnalité comme Luvindao, née en RDC de parents étrangers, serait probablement disqualifiée d’un rôle similaire, même avec un parcours irréprochable.

Une comparaison éclairante

En France, un enfant né de parents étrangers peut obtenir la nationalité à 18 ans s’il réside sur le territoire, un système qui a propulsé des figures comme Najat Vallaud-Belkacem, d’origine marocaine, au poste de ministre. Malgré des crispations – émeutes de 2005 ou débats sur le voile –, ce modèle favorise l’intégration. En RDC, les blessures coloniales, l’exploitation des ressources par des puissances étrangères et l’instabilité chronique freinent une telle évolution. Les conflits ethniques, souvent manipulés par des élites, renforcent la méfiance envers ceux qui revendiquent une appartenance légitime, comme les Banyamulenge.

Un défi pour l’avenir

La réussite du Dr Luvindao en Namibie met en lumière les blocages congolais. La peur de l’infiltration étrangère – réelle avec les groupes armés, amplifiée dans les discours – paralyse le pays. Entre le droit du sang, le droit du sol et l’urgence de la paix, la RDC doit repenser son identité pour transformer sa diversité en atout plutôt qu’en source de discorde. La nomination de Luvindao n’est pas qu’un succès personnel : c’est un défi lancé à un Congo en quête de cohésion.

Le Bloc-Notes News continuera de suivre cette histoire et ses résonances en Afrique sur AfroSphère.


— par Altesse Mulamba | Directrice et Rédactrice en Chef | Le Bloc-Notes News |La voix de la République


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