— 24 mars 2025 | Le Bloc-Notes News | Altesse Mulamba
Ce devait être un moment d’affirmation intellectuelle pour la République Démocratique du Congo (RDC). L’Université Bel Campus, un établissement privé de Kinshasa, s’apprêtait à décerner le titre prestigieux de Docteur Honoris Causa à Kemi Seba, figure emblématique du panafricanisme et critique virulent des dynamiques néo-coloniales. Mais ce geste symbolique, porteur d’un message de résistance et d’autonomie, a été brutalement stoppé. Le Ministère de l’Enseignement Supérieur et Universitaire de la RDC a annulé la cérémonie, une décision que Maud Ekila, porte-parole internationale d’Urgences Panafricanistes, a attribuée sans détour à des « pressions internationales ».

Kémi Séba — Fondateur et président du mouvement Urgences Panafricanistes (Source : Facebook)
Dans un tweet publié ce lundi 24 mars 2025, Maud Ekila, porte-parole internationale d’Urgences Panafricanistes, organisation présidée par Kemi Seba n’a pas mâché ses mots:
“ La cérémonie qui devait élever Kemi Seba au rang de Dr Honoris Causa de l’Université Bel Campus de Kinshasa vient d’être annulée par le Ministère de l’Enseignement supérieur congolais sous pressions internationales. Le néo-colonialisme dans toute sa splendeur qui ronge les moindres recoins de nos institutions.”
Ces mots, lourds de colère et de lucidité, ont immédiatement enflammé les réseaux sociaux, amplifiant une indignation déjà palpable.
Une Décision qui Sonne Comme une Reddition
L’annulation de l’Honoris Causa de Kemi Seba par le Ministère de l’Enseignement Supérieur de la RDC n’est pas un simple couac : elle révèle une souveraineté congolaise en lambeaux. L’Université Bel Campus avait planifié cet événement en toute indépendance, une bouffée d’autonomie rare dans un pays étouffé par les influences extérieures. Mais le ministère, supposé protéger l’éducation nationale, a cédé, écrasant cette initiative sous des pressions venues d’ailleurs. « Tout était prêt, mais des forces extérieures ont dit non », lâche un responsable universitaire, anonyme par peur des représailles.
Ce n’est pas nouveau. Depuis des décennies, la RDC oscille entre son rêve d’autodétermination et une soumission persistante aux agendas étrangers. Quand même un acte académique – une célébration de la pensée libre – est saboté, une question brûle : que reste-t-il de l’indépendance congolaise ?
Le Néo-Colonialisme : Une Ombre Qui Ne Faiblit Pas
L’accusation de néo-colonialisme portée par Maud Ekila n’est pas une simple formule rhétorique. Elle reflète une réalité que les Congolais connaissent trop bien. Depuis l’indépendance formelle en 1960, la RDC n’a jamais pleinement échappé aux griffes des intérêts étrangers – qu’il s’agisse de l’exploitation de ses minerais stratégiques ou de l’influence sur ses élites dirigeantes. Aujourd’hui, cet épisode académique illustre une facette plus insidieuse de cette emprise : la mainmise sur les symboles et les espaces intellectuels.
Un analyste politique basé à Kinshasa, qui a requis l’anonymat, voit dans cette annulation un schéma récurrent : « Le gouvernement congolais, sous couvert de pragmatisme, se plie trop souvent aux rapports de force internationaux, au détriment de sa propre légitimité. Cette affaire montre que même nos universités, censées être des bastions de liberté, ne sont pas à l’abri. » Pour beaucoup, la décision du ministère n’est pas seulement une capitulation ; c’est une trahison silencieuse des idéaux que Kemi Seba lui-même incarne : la lutte contre l’asservissement néo-colonial et la quête d’une Afrique souveraine.
Une Déception qui Réveille les Consciences
Pour les Congolais, ce nouvel affront s’ajoute à une longue liste de désillusions. Depuis près de trois décennies, le pays endure conflits armés, pillage de ses ressources et instabilité politique, souvent exacerbés par des ingérences extérieures. La population, épuisée par les promesses non tenues, voyait dans cette cérémonie une lueur d’espoir, une reconnaissance de voix qui osent défier l’ordre établi. Son annulation est perçue comme une gifle, un rappel brutal que même les gestes symboliques sont vulnérables.
Sur les réseaux sociaux, les réactions fusent. « Minable vraiment !!! On se couche devant les caprices de la France pendant que celle-ci soutient notre rébellion. », écrit un internaute congolais. Un autre ajoute : « C’est triste. L’Africain souffre à cause de ce type d’élite, incapable de tenir son rang. Toujours sous l’influence extérieure. Force à Kemi Seba, l’Afrique a besoin des hommes comme lui. »
La frustration est d’autant plus vive que Kemi Seba, avec son discours radical contre l’impérialisme, incarne pour beaucoup un espoir de rupture avec ce cycle d’humiliations.
Un Coup Porté à la Liberté Académique
L’affaire soulève des questions cruciales sur la liberté académique en RDC. L’Université Bel Campus aurait-elle pu résister à ces pressions sans s’exposer à des sanctions ? Le ministère avait-il d’autres options que de céder ? Certains observateurs estiment que cette intervention était évitable. « Le gouvernement aurait pu faire preuve de courage, protéger l’autonomie de l’université et envoyer un signal fort », argue un professeur de droit basé à Kinshasa. « Nous n’avons pas des dirigeants, nous avons des représentants de la sous préfecture de France. Pitié nos élites politiques. »
Ce manque de fermeté est d’autant plus troublant que l’éducation est un pilier essentiel pour reconstruire un pays fragilisé par des décennies de crises. En cédant à des pressions supposées, le ministère ne se contente pas de saboter un événement ; il fragilise un peu plus la confiance des Congolais dans leurs institutions.
Vers une Réaffirmation Nationale ?
Face à cet énième revers, une chose est claire : la RDC ne peut plus se permettre de plier sans réagir. L’annulation de cet Honoris Causa, dénoncée avec vigueur par Maud Ekila, doit être un tournant. Il ne s’agit pas seulement de défendre une distinction académique, mais de revendiquer une souveraineté pleine et entière – dans les salles de classe comme dans les palais gouvernementaux. Les intellectuels, la société civile et la jeunesse congolaise, de plus en plus mobilisées, exigent une rupture avec cette servitude déguisée.
La voie existe : elle passe par le courage de dire non, par la volonté de protéger les espaces d’indépendance, et par une prise de conscience collective que la dignité ne se négocie pas. Cet épisode, aussi décevant soit-il, pourrait devenir le catalyseur d’un réveil national. Car si la RDC veut un jour se tenir debout, elle devra cesser de courber l’échine face à ceux qui, de l’extérieur, continuent de dicter ses choix. Combien de temps encore ce pays acceptera-t-il de voir ses ambitions étouffées ?

— par Altesse Mulamba | Directrice et Rédactrice en Chef | Le Bloc-Notes News |La voix de la République
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