— 21 mars 2025 | Le Bloc-Notes News | Altesse Mulamba

Dans un pays où la parole critique est souvent étouffée, Bienvenu Matumo, analyste politique et activiste congolais, incarne une résistance farouche face à l’inaction du regime Tshisekedi. Originaire de l’Est de la RDC, le 12 mars 2025, il a publié un tweet cinglant, dénonçant un Félix Tshisekedi « qui tente désespérément de sauver un régime en pleine décomposition » après avoir « lamentablement échoué à brader les minerais aux États-Uniens en échange d’une sécurité illusoire ».

Bienvenu Matumo — Analyste politique et activiste congolais

Lors d’une interview téléphonique accordée à Altesse Mulamba pour Le Bloc-Notes News, Matumo a approfondi sa critique, pointant un président « incapable de défendre la souveraineté du pays » et qui « se tourne angoissamment vers le Qatar pour le réconcilier avec son ‘frère’ Kagame ». Ces mots peignent l’image d’un pouvoir à genoux, prêt à supplier des puissances étrangères pour masquer ses échecs.

Né et grandi à l’Est de la RDC, Matumo porte un regard viscéral sur cette crise : sa mère vit dans une zone occupée par le M23, où les exactions – viols, massacres, pillages – sont le quotidien, et son neveu, soldat dans l’armée congolaise, risque sa vie face à des rebelles soutenus, selon de nombreux rapports, par le Rwanda. Cette proximité rend absurde l’accusation selon laquelle il serait un « poison rwandais » : sa famille est elle-même victime des crimes commis sous le couvert du M23. « Comment pourrais-je être un traître alors que ma mère vit sous la menace des milices que le Rwanda soutient ? » a-t-il lancé à Altesse Mulamba, la voix tremblante de rage et d’émotion.

Matumo n’en est pas à sa première confrontation avec le régime Tshisekedi. En février 2024, il s’est joint à une manifestation devant le Palais du Peuple à Kinshasa, aux côtés de Maud Ekila, Palmer Kabeya (membre du mouvement Filimbi) et d’autres activistes, pour dénoncer les 600 jours d’occupation de Bunagana par le M23. Leur action visait à exiger une réponse immédiate à la crise dans l’Est de la RDC, mais elle fut accueillie par une répression brutale. Matumo, Ekila et Kabeya furent arrêtés, un signal clair de l’intolérance de Tshisekedi face aux voix dissidentes. Cette vague d’arrestations a contraint plusieurs activistes à l’exil, dont Ekila et Kabeya.

Maud Ekila, porte-parole internationale d’Urgences Panafricanistes – une organisation présidée par Kemi Seba, est une figure emblématique de la lutte pour la libération du Congo. Aujourd’hui, elle ne peut rentrer librement dans son pays, une perte immense pour la société civile congolaise.

Maud Ekila — Porte-parole internationale d’Urgences Panafricanistes

Matumo dresse un réquisitoire accablant : après plus de 9 000 morts, Tshisekedi, « qui s’est obstiné à préserver son pouvoir au détriment de son peuple », tente soudainement d’ouvrir un dialogue – un dialogue qui aurait pu éviter ce bain de sang s’il avait été initié plus tôt. Pendant ce temps, le président Tshisekedi multiplie les voyages internationaux, perçus comme futiles, alors que son pays est en guerre. Ces déplacements, qui contrastent avec l’urgence d’une nation en crise, renforcent l’image d’un dirigeant déconnecté, loin des attentes d’un président d’un pays en proie à un conflit dévastateur.

Bienvenue Matumo — Manifestation dénonçant les 600 jours d’occupation de Bunagana par le M23

Matumo va plus loin, dénonçant les dérives autoritaires de Tshisekedi, qu’il accuse de s’être obstiné à modifier la Constitution pour prolonger son pouvoir, malgré une opposition farouche de la population, des partis politiques et de la société civile. « Qui s’opposerait à moi, garant de la nation, pour changer la Constitution ? Personne », aurait lancé Tshisekedi, une phrase que l’activiste brandit comme la preuve d’un pouvoir autoritaire, voire dictatorial. Matumo souligne que, sans l’émergence de Corneille Nangaa et de son Alliance Fleuve Congo (AFC) – une initiative qu’il condamne pour son instrumentalisation par le M23 et le Rwanda, cette réforme constitutionnelle aurait probablement été imposée, tant Tshisekedi semblait déterminé à écraser toute résistance.

L’activiste reproche également au président Tshisekedi d’avoir ignoré les alertes sur les ambitions rebelles de Nangaa, préférant se focaliser sur ses propres intérêts politiques plutôt que sur la sécurité nationale. À mi-parcours de son second mandat, les ambitions de renouveau de Tshisekedi se sont évanouies, ne laissant derrière lui qu’un pays plus vulnérable et un peuple trahi.

Solutions : une troisième voie pour un Congo uni

Bienvenue Matumo refuse de réduire la crise congolaise à une équation binaire, où l’on divise le peuple en deux camps : ceux qui soutiennent Tshisekedi et ceux qui, par défaut, seraient des traîtres soutenant le M23 et le Rwanda. « Il existe une troisième voie », martèle-t-il, celle de ceux qui rejettent la dictature de Tshisekedi tout en étant prêts à défendre la souveraineté du pays et à privilégier l’unité nationale – une aspiration que le président Tshisekedi, selon lui, a trahie. Matumo est catégorique : « Je ne suis pas là pour témoigner de l’amour à Tshisekedi. Il a échoué et doit démissionner. » Il rappelle les promesses non tenues du président Tshisekedi : la paix dans l’Est, promise dès 2019, reste un mirage alors que les massacres se multiplient ; la prospérité économique, vantée à travers des contrats miniers, n’a profité qu’à une élite corrompue, laissant la population dans la misère. Le changement tant espéré ne peut venir d’un président qui a marginalisé l’opposition, la traitant d’« opposition ya nzala » – une opposition affamée, inutile, incapable et sans valeur. Tshisekedi a écrasé ses opposants politiques, les mettant de côté pour mieux les manipuler : aujourd’hui, il les appelle non pas pour sauver le pays, mais pour les instrumentaliser dans une tentative désespérée de sauver son pouvoir, prêt à les écarter une fois qu’ils auront servi ses intérêts.

Conclusion : l’appel d’une nation à un nouveau souffle

La voix de Bienvenu Matumo, ancrée dans la douleur de l’Est et la résilience d’un peuple qui refuse de plier, porte un message clair : la RDC ne peut plus se contenter d’un leadership qui jongle entre promesses creuses et répression. Tshisekedi a eu six ans pour prouver sa perspicacité ; il n’a offert que des désillusions, des voyages futiles et un pays à la dérive. Matumo et la troisième voie qu’il incarne appellent à un sursaut collectif : un Congo uni, souverain, où les richesses servent le peuple et non les élites, où l’opposition n’est pas un ennemi à abattre mais une force pour reconstruire.


Cet entretien exclusif a été mené par Altesse Mulamba, directrice et éditrice en chef de Bloc-Notes News, titulaire d’une licence en relations internationales et sciences politiques de Nottingham Trent University (Angleterre), d’une maîtrise en droit international de Derby University, et formée en médias, production et journalisme à New College Nottingham.


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