— 21 mars 2025 | Le Bloc-Notes News | Altesse Mulamba

SEM Félix Antoine Tshisekedi — Président de la République démocratique du Congo

Un bilan sous tension

Le 19 mars 2025, Félix Tshisekedi, président de la République démocratique du Congo (RDC), s’est exprimé dans deux interviews internationales : l’une sur Fox News, l’autre dans Le Figaro. Ces prises de parole surviennent alors que les rebelles du M23 viennent de s’emparer de Walikale, une ville stratégique pour les minerais, le 20 mars, exacerbant une crise qui dure depuis trois décennies. Depuis son arrivée au pouvoir en 2019, Tshisekedi promet paix, unité et prospérité dans un pays riche en ressources mais miné par la guerre et la corruption. Six ans plus tard, ses déclarations permettent d’évaluer ses ambitions face à une réalité difficile. Cet article analyse ses propos avec rigueur, en s’appuyant sur ses interviews, et propose des pistes pour l’avenir.

Acte I : un fédérateur absent

Dans Le Figaro, Tshisekedi s’est confié sur ses efforts diplomatiques, notamment sa rencontre avec Paul Kagame, président rwandais, à Doha le 18 mars. « La réunion s’est déroulée dans une ambiance conviviale », a-t-il déclaré, ajoutant que « le préalable à tout cela était le cessez-le-feu immédiat et inconditionnel ». Il a appelé à des discussions pour un « règlement durable », tout en accusant le Rwanda de soutenir le M23, qu’il qualifie de groupe « qui sabote la paix » et renforce une « politique belliciste ». Il a également déploré le refus du M23 de participer à une médiation en Angola, expliquant que « ce refus confirme aux yeux de l’opinion publique tant nationale qu’internationale que ces violentes activités sont des pantins qui attendent de recevoir des ordres pour agir ». Ces mots traduisent une volonté de dialogue régional, mais ils soulignent aussi une difficulté interne : Tshisekedi peine à fédérer au sein de son propre pays. Sur Fox News, il a évoqué des discussions pour un gouvernement d’union nationale, mais des figures politiques congolaises refusent de s’y associer, invoquant un manque de confiance. Les nominations de proches et d’alliés controversés depuis 2019 – souvent liés à des scandales comme Congo Hold-Up – ont fragilisé sa légitimité. Le président semble plus à l’aise pour pointer les responsabilités extérieures que pour rassembler une nation fracturée.

Acte II : promesses creuses et mercenaires coûteux

Sur Fox News, Tshisekedi a affirmé que « les salaires des militaires ont été doublés pour renforcer notre sécurité », une mesure censée répondre à l’avancée du M23. Mais les faits contredisent cette déclaration : à Walikale, les soldats congolais, sous-équipés, ont fui sans combattre, selon des témoignages relayés par Reuters. Dans Le Figaro, il a reconnu les faiblesses de l’armée nationale, plaidant pour « réformer l’armée de la RDC, réputée corrompue, mal payée, mal dirigée et sous-équipée ». Il a également évoqué le désarmement des groupes armés comme le FDLR, mais a insisté sur le fait que « le FDLR ne pèse rien par rapport au M23 ». Cette analyse, bien que lucide, contraste avec sa décision d’employer des mercenaires étrangers – notamment roumains, déployés à Goma en janvier – pour pallier les failles de l’armée. Cette stratégie, coûteuse et inefficace (Goma est tombée malgré leur présence), interroge la gestion des fonds publics. Le scandale Congo Hold-Up, mentionné dans des posts X récents, suggère que l’argent des minerais ne profite ni à l’armée ni au peuple. Entre les promesses de réforme et la réalité, l’écart reste significatif.

Acte III : un pays bradé sur l’arène internationale

L’interview sur Fox News a révélé une proposition ambitieuse : un « deal » minier avec les États-Unis. « Nous voulons que les entreprises américaines achètent directement nos minerais, pas via le Rwanda », a-t-il déclaré, visant à contourner Kigali et à créer des emplois locaux. Dans Le Figaro, il a développé cette vision, affirmant : « Plutôt que d’acheter les produits volés chez nous à d’autres, il faut investir chez nous. Nous le faisons avec la Chine. » Il a critiqué les « nouveaux massacres » causés par l’exploitation des minerais, appelant à une paix définitive pour éviter que « rien ne soit fait ». Il a également déploré les relations tendues avec certains partenaires, comme Emmanuel Macron, tout en saluant son engagement pour la paix. Cependant, la chute de Walikale montre que le gouvernement perd le contrôle des zones minières. En ouvrant la porte aux Américains tout en collaborant avec la Chine, Tshisekedi risque de transformer la RDC en terrain de confrontation économique entre grandes puissances, sans garantie de bénéfices durables pour les Congolais. Sa vision d’une transformation locale des minerais – « transformer ses minerais localement, de créer de la valeur ajoutée, de constituer une chaîne de valeurs » – est louable, mais elle reste théorique face à l’instabilité actuelle.

Solutions : un sursaut pour l’avenir

Les déclarations de Tshisekedi ouvrent des pistes pour l’avenir. D’abord, sa volonté de réformer l’armée doit se traduire par des actions concrètes : investir dans l’équipement, la formation et des salaires réellement payés, tout en luttant contre la corruption au sein des forces armées. Ensuite, sa vision de transformer les minerais localement doit s’accompagner de politiques claires : renégocier les contrats avec la Chine et les États-Unis pour privilégier les infrastructures et l’emploi local, et non l’extraction brute. Enfin, le dialogue régional qu’il prône – via des processus comme ceux de Luanda et Nairobi – doit être renforcé par une médiation internationale crédible, impliquant l’Union africaine et les Nations unies, pour garantir un désengagement effectif des acteurs étrangers. Ces réformes exigent un leadership ferme et intègre. Si Tshisekedi peut incarner ce sursaut, il doit agir rapidement, en cessant ses voyages inutiles pour se concentrer sur la crise nationale. Pour l’instant, le miroir de ses promesses reflète un défi qu’il doit relever de toute urgence.

Conclusion : un leadership sous tension

Les déclarations de Tshisekedi sur Fox News et dans Le Figaro révèlent un président conscient des défis, mais incapable de les surmonter. Walikale tombe, les ressources s’évanouissent, et les promesses s’effritent. La RDC mérite un dirigeant capable de passer des discours aux actes, mais à mi-parcours de son second mandat, Tshisekedi semble prisonnier d’un système qu’il dénonçait autrefois. La suite de cet article explorera une voix de la résistance, celle de Bienvenu Matumo, qui incarne la colère d’un peuple trahi.


— par Altesse Mulamba | Directrice et Rédactrice en Chef | Le Bloc-Notes News |La voix de la République


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