— 17 mars 2025 | Le Bloc-Notes News | Altesse Mulamba
Alors que la République Démocratique du Congo (RDC) se prépare à des pourparlers historiques avec le groupe rebelle M23 à Luanda ce 18 mars 2025, sous la médiation angolaise, une voix émerge dans la tempête : celle de Fortifi Lushima. Leader panafricaniste congolais, coordinateur national du mouvement Urgences Panafricanistes en RDC sous la présidence de Kemi Seba, et initiateur de la Brigade Citoyenne « Les Gardiens de la Souveraineté Congolaise », Lushima livre une critique sans concession des négociations, de la déconnexion des élites et des enjeux géopolitiques. Dans cet entretien exclusif avec Bloc Notes News, il alerte sur une nation à la croisée des chemins, entre capitulation et combat pour la souveraineté.

Altesse Mulamba — Un virage historique ou une capitulation déguisée ?
“Félix Tshisekedi, qui a longtemps qualifié le M23 de groupe terroriste, accepte aujourd’hui de s’asseoir à la table des négociations. Mais vous le dites souvent : ce n’est pas Tshisekedi qui négocie, c’est le Congo. À vos yeux, cette distinction change-t-elle la donne, ou masque-t-elle une reddition face à une rébellion que beaucoup soupçonnent d’être un outil rwandais et occidental ?”
Fortifi Lushima — Depuis l’entrée de l’AFDL en 1996 et l’Accord de Lusaka en 1999, la classe politique congolaise, dépourvue de sens de l’histoire et d’une vision de grandeur pour notre nation, a toujours privilégié la voie de la diplomatie de l’impuissance et de la capitulation pour préserver ses intérêts mesquins face à cette crise sécuritaire qui touche notre pays depuis 30 ans. Incapables de résister aux pressions internationales, ils optent tous pour des négociations d’une paix négative temporaire avec des proxys fabriqués par l’axe Rwanda-Ouganda, télécommandé par les multinationales, au lieu de miser sur la constitution d’une puissance militaire capable d’imposer un équilibre des forces en notre faveur et de dissuader tous les acteurs régionaux et internationaux de mener des aventures guerrières sur notre sol. Donc, hier comme aujourd’hui, la réalité est claire : il n’y a pas de virage historique, car l’histoire est malheureusement en train de se répéter, et le peuple, qui observe, est bien conscient que c’est une énième capitulation au niveau des élites. Cela restera un devoir de mémoire pour les futures générations.
Altesse Mulamba — Une nation représentée ou une élite isolée ?
“Le président Tshisekedi affirme défendre l’intérêt du peuple, les délégations se réunissent à Luanda, mais où sont les voix de l’opposition, de la société civile, des mouvements citoyens non étatiques ? Le Congo tout entier est-il réellement représenté dans ces discussions, ou assistons-nous à une mascarade orchestrée par une élite déconnectée ? Qui parle au nom du Congo aujourd’hui ?”
Fortifi Lushima — Aujourd’hui, on observe une totale déconnexion entre les masses populaires, qui aspirent à une complète souveraineté, et les élites politiques (pouvoir, opposition et une partie de la société civile cooptée), qui agissent en fonction de leurs positionnements personnels tout en excluant les desiderata du peuple qu’elles sont censées représenter. Nous sommes face à un pouvoir agonisant qui cherche à protéger son régime par tous les moyens nécessaires, puis, en face de ce pouvoir, une opposition qui excelle dans la politique de la chaise vide. Entre ces deux forces se tient une société civile, plus que jamais politisée et divisée, qui a perdu sa place de troisième voie, essentielle pour mobiliser toutes les couches de la population. C’est la raison pour laquelle nous avons lancé la Brigade Citoyenne des Gardiens de la Souveraineté Congolaise, pour porter et surveiller les intérêts primordiaux du peuple congolais, de plus en plus marginalisés par les élites congolaises.
Une brigade citoyenne lancée dans le but de dénoncer tous les accords visant à brader les richesses naturelles de la RDC.
Altesse Mulamba — Le M23 : ennemi ou symptôme ?
“Le M23 contrôle des territoires riches en coltan et en or, et beaucoup pointent du doigt le Rwanda et ses soutiens occidentaux. Vous avez qualifié l’impérialisme américain de véritable instigateur de cette guerre par procuration. Le M23 est-il véritablement un ennemi à abattre ou un simple symptôme d’un mal plus vaste que ces négociations ne guériront jamais ?”
Fortifi Lushima — Le M23 est historiquement et factuellement l’héritier des revendications portées par ses ancêtres du RCD, qui se sont par la suite transformés en CNDP. Toutes ces milices terroristes, que vous appelez improprement des « mouvements rebelles » (ce qui prouve à suffisance que le Rwanda a gagné la guerre des mots), ont été montées de toutes pièces par le régime extrémiste tutsi de Kigali pour maintenir la RDC dans un chaos total, profitant aux multinationales occidentales. Tant que nous ne les considérerons pas comme des proxys utilisés pour agresser perpétuellement notre pays et que nous ne mettrons pas en place une véritable stratégie géopolitique et militaire pour les abattre définitivement, demain, comme le disait Patrick Karegeya, ancien chef des renseignements rwandais, il y aura le M24, le M25 et le M26.
Altesse Mulamba — Panafricanisme face à la realpolitik :
“Urgence Panafricaniste prône une Afrique souveraine, affranchie des diktats étrangers. Aujourd’hui, la RDC négocie sous l’égide de l’Angola, avec des pressions internationales évidentes. Votre vision d’une résistance radicale est-elle soluble dans cette realpolitik ? Que préconisez-vous comme alternative aux négociations actuelles ? Faut-il négocier avec le M23 ou opter pour une tout autre voie, fidèle aux idéaux que vous portez avec Kemi Seba ?”
Fortifi Lushima — D’abord, il est important de préciser que les démarches entreprises par l’Angola ne s’inscrivent nullement dans une logique panafricaniste. Nous savons pertinemment que tous ces processus enclenchés sont parrainés par les États-Unis. De ce fait, nous proposons avant tout un rééquilibrage des rapports de force sur le terrain militaire, qui passe par la restructuration de l’armée, la discipline dans la gestion des affaires publiques et la diversification des partenariats militaires. Parce que négocier en position de faiblesse, c’est accepter de capituler selon les conditions de l’ennemi. Comme je l’ai souvent dit, depuis 1999, nous n’avons essayé qu’une seule méthode, celle des négociations, qui a déjà montré ses limites. Il est temps d’opter pour le langage de la force, seul langage que la jungle internationale comprend.
Altesse Mulamba — L’ombre de l’Occident et le deal à la Trump :
“Des bruits courent sur des discussions quotidiennes entre Kinshasa et Washington, un marché ‘minerais contre sécurité’ dans un style bien trumpien. Si cela s’avère, que pensez-vous de cette emprise américaine sur le destin congolais, alors que le M23 menace d’arriver à Kinshasa ? Peut-on réellement considérer les États-Unis comme une solution à cette crise, ou ne s’agit-il que d’un leurre dissimulant de potentiels risques et un plus grand chaos futur ?”
Fortifi Lushima — Le Congo, avec ses minerais rares, a toujours été le centre de gravité des convoitises des puissances mondiales, qui ne ratent pas l’occasion de nous soumettre à leurs agendas respectifs. Dans ce nouveau contexte mondial où les rapports de force dominent de manière assumée, aucun État ne peut être considéré comme le messie de notre riche et grande nation. L’avancée des agresseurs ne doit pas nous pousser à proposer désespérément des deals aux puissances qui sont à l’origine de cette crise. Nous devons garder la froideur et baser toutes nos réflexions et propositions sur le destin de puissance que porte notre pays. Sinon, nous risquons de réduire la terre de nos pères à un simple réservoir de minerais stratégiques pour les appétits impérialistes. La volonté de puissance doit désormais guider tous nos actes.
Altesse Mulamba — Un cessez-le-feu mais à quel prix ?
“João Lourenço a appelé à un cessez-le-feu dès ce 16 mars à minuit. Mais avec le M23 qui tient Goma et Bukavu, et qui taxe les camions à la frontière rwandaise, ce répit est-il une chance pour la paix ou une pause stratégique pour consolider leurs gains ? Quelle est la ligne rouge à ne pas franchir dans ces pourparlers ?”
Fortifi Lushima — Une stratégie d’apaisement face à un ennemi qui veut à tout prix conquérir vos terres, c’est nourrir sa capacité à vous faire perpétuellement revivre la même situation et à obtenir tout ce qu’il veut de vous quand ça lui chante. Malheureusement, en ce moment, nous sommes à la table des négociations avec une arme posée sur la tempe, et je crains que la ligne rouge – qui était notre refus de négocier – ne soit déjà franchie. Il nous reste juste à savoir ce que nous allons offrir en retour à ces terroristes en position de force, qui occupent un grand espace de notre partie orientale.
Altesse Mulamba — Un message au continent, pour finir, Fortifi Lushima :
“Que dites-vous au peuple congolais et aux Africains qui voient dans la RDC le reflet de leurs propres combats ? Le panafricanisme peut-il encore offrir une alternative face à ce chaos ?”
Fortifi Lushima — À la nouvelle génération africaine en général, et à la génération congolaise en particulier, sachez que le monde vient de subir une nouvelle configuration : le droit international n’existe plus, chaque peuple cherche à tout prix à exprimer sa volonté de puissance, chaque puissance mondiale cherche à étendre sa zone d’influence. À nous de défendre par tous les moyens nécessaires nos intérêts, en vue de faire respecter notre continent et nos pays au concert des nations. Restons attachés au principe idéologique de nos pères fondateurs, qui nous enseigne que le panafricanisme reste le seul moyen de sauver l’Afrique face à ce défi existentiel.

Cet entretien exclusif a été mené par Altesse Mulamba, directrice et éditrice en chef de Bloc-Notes News, titulaire d’une licence en relations internationales et sciences politiques de Nottingham Trent University (Angleterre), d’une maîtrise en droit international de Derby University, et formée en médias, production et journalisme à New College Nottingham.
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