— 14 mars 2025 | Le Bloc-Notes News | Altesse Mulamba


Corneille Nangaa, leader de l’Alliance du Fleuve Congo et figure clé du M23

À l’approche des pourparlers inédits avec le M23, prévus le 18 mars à Luanda sous la médiation du président angolais João Lourenço, la République Démocratique du Congo (RDC) jongle avec une stratégie aussi audacieuse que controversée. D’un côté, Kinshasa ouvre la porte au dialogue avec les rebelles; de l’autre, elle promet 5 millions de dollars pour la capture de leurs leaders, dont Corneille Nangaa, ancien président de la CENI devenu fer de lance de l’Alliance du Fleuve Congo. Ce grand écart entre diplomatie et chasse à l’homme interroge : la RDC peut-elle vraiment s’asseoir avec ceux qu’elle traque ?

La peine de mort embrouille la donne. Bien que suspendue depuis 2003, elle reste en vigueur dans la loi congolaise, menaçant les chefs du M23 en cas de capture. Une amnistie implicite, si les pourparlers réussissent, indignerait les familles des victimes et encouragerait d’autres milices à user de violence pour gagner l’immunité. « La justice ne se négocie pas », alerte une ONG locale.

L’ONU, elle, navigue dans le flou. Le Haut-Commissaire impute 3 000 morts civils au M23, et la résolution 1373 interdit de légitimer les groupes terroristes. Pourtant, la pression pour dialoguer s’accentue, révélant une contradiction : condamner les rebelles tout en les hissant au rang d’interlocuteurs. Ce dilemme fragilise la RDC : céder offrirait une tribune au M23, résister prolongerait un conflit enlisé dans un chaos régional.

Une crise qui force la main

L’Est de la RDC, théâtre d’un conflit vieux de décennies, est au bord de l’asphyxie. Depuis janvier, le M23, soutenu par le Rwanda selon Kinshasa, a pris des villes stratégiques comme Goma et Bukavu, déplaçant plus de 7 millions de personnes et laissant des milliers de morts dans son sillage. Face à cette offensive, le retrait imminent des troupes de la SADC (SAMIDRC), annoncé le 13 mars, fragilise encore la position militaire du président Félix Tshisekedi. Longtemps opposé à tout dialogue avec les rebelles, qu’il qualifie de “marionnettes de Kigali”, le chef de l’État se voit acculé par une réalité brutale : l’impasse humanitaire et géopolitique.

Le M23 n’est pas un simple groupe armé pour Kinshasa : c’est une entité terroriste accusée de crimes de guerre, de viols et de pillages. La RDC, liée par le Statut de Rome de la CPI, s’est engagée à juger les responsables de tels actes, imprescriptibles sous le droit international. Alors, négocier avec des chefs comme Nangaa, dont la tête est mise à prix, fait grincer des dents. “C’est un signal d’impunité envoyé aux victimes”, s’insurge un défenseur des droits humains à Goma.

Entre la pression exercée par ses pairs africains et la position qu’il a toujours publiquement défendue en faveur du peuple congolais, marquée par un refus catégorique du brassage et de toute négociation avec le M23, le président Tshisekedi se trouve aujourd’hui confronté à une réalité incontournable : le rapport de force militaire sur le terrain menace directement la souveraineté de la République Démocratique du Congo (RDC). Sa nouvelle posture concernant un éventuel dialogue avec le M23 est interprétée par certains comme un aveu de faiblesse et d’échec, tandis que d’autres y décèlent l’influence d’une pression régionale grandissante.

Toutefois, dans la sous-région, les enjeux évoluent avec une rapidité déconcertante. Le Burundi, jadis en conflit frontalier avec le Rwanda mais temporairement aligné avec la RDC, a entamé des pourparlers avec Kigali. Parallèlement, les forces de la SADC, sous la houlette de l’Afrique du Sud, initialement mobilisées pour une opération offensive, ont finalement opté pour un retrait du territoire congolais. Cette conjoncture, conjuguée aux résolutions du récent sommet EAC-SADC, oblige le gouvernement congolais à renoncer à sa position intransigeante de rejet catégorique d’un dialogue avec le M23. Désormais, Kinshasa se trouve contraint d’adhérer à une stratégie régionale concertée, englobant les processus de Luanda et de Nairobi, laquelle devrait déboucher sur des négociations directes avec l’AFC-M23.

Confronté à un rapport de force militaire défavorable et à une recomposition des alliances régionales, le président Tshisekedi doit, entre pragmatisme régional et exigences de souveraineté, manœuvrer dans des eaux tumultueuses pour sauvegarder les intérêts du Congo. Il est ainsi forcé de concilier des pressions qui transcendent les seules aspirations du peuple congolais, qu’il a pourtant longtemps portées et défendues.

Un virage stratégique à l’international

Dans le même temps, Kinshasa se tourne vers d’autres horizons pour trouver des soutiens. Début mars, des émissaires congolais, parmi lesquels un sénateur et le bras droit de Tshisekedi, ont approché Washington dans l’espoir de conclure un accord audacieux : l’accès aux ressources minières (cobalt, lithium, uranium) en échange d’une assistance militaire américaine contre le M23. Le Département d’État s’est montré disposé à examiner cette proposition, ce qui témoigne de la volonté de la RDC de multiplier ses alliances face à une crise qui la submerge.

Paix, justice ou les deux ?

À un carrefour historique, la RDC se trouve confrontée à un choix décisif. Privilégier une paix sans garanties solides pourrait compromettre sa crédibilité et reléguer aux oubliettes la justice due aux victimes de massacres tels que ceux de Génocost. Persister dans la voie militaire, c’est s’exposer au risque d’une escalade régionale aux conséquences imprévisibles. Entre ces deux pôles, un équilibre précaire demeure à inventer. Si un accord venait à se concrétiser à Luanda, une interrogation fondamentale subsisterait : comment rendre hommage à la mémoire des millions de disparus tout en jetant les bases d’une réconciliation nationale ?

Pour une nation marquée par des décennies de violences et de traumatismes, ces pourparlers ne se limitent pas à mettre un terme au conflit : ils pourraient redéfinir son avenir, entre apaisement des blessures profondes et quête exigeante de vérité.


— par Altesse Mulamba | Directrice et Rédactrice en Chef | Le Bloc-Notes News | La voix de la République


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